L’escalade est en route au Mouvement Réformateur. Ce qui se présentait hier matin sous forme d’une rumeur à vérifier est devenu une réalité. Il y a désormais plusieurs lettres en circulation. L’une qui appelle à organiser des élections internes et qui serait passé de 37 à 140 signatures. L’autre qui se présente sous la forme d’un appel à l’unité et qui est en fait une lettre de soutien à Didier Reynders, et dont les promoteurs affirment qu’elle compte 150 paraphes. Lettre contre lettre, l’expression « guerre  interne » est désormais justifiée, dans une ambiance qui ressemble à celle des primaires à l’américaine, les libéraux s’accusant même d’avoir extorqué des signatures auprès d’élus qui préféraient rester neutres. Louis Michel contre Didier Reynders, le MCC de Gérard Deprez contre le FDF d’Olivier Maingain : c’est maintenant tout le mouvement réformateur qui est sommé de choisir son camp, et à ce stade on ne voit pas bien quelle solution de compromis pourrait émerger. Aujourd’hui Didier Reynders rencontrera une délégation de contestataires. La réunion devrait être particulièrement houleuse.
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A coté de cette escalade il y a une provocation. Celle du parlement flamand qui a voté hier un décret qui transfère aux autorités flamandes l’inspection pédagogique des écoles francophones de la périphérie. Ce qui provoque une levée de boucliers des francophones. Pour bien comprendre, il faut faire un petit retour en arrière. Ce texte existe depuis 2007, il ya près de deux ans qu’il a été adopté en commission au parlement flamand. Exactement comme pour la scission de Bruxelles Hal Vilvorde, les francophones qui s’y opposent ont activés des procédures en conflit d’intéret. Le parcours du texte a donc été suspendu à plusieurs reprises pour des durées de 120 jours. On est arrivé au terme de ces suspension, pour continuer à bloquer le texte il aurait fallu une nouvelle procédure de conflit d’intérêt, par exemple au parlement bruxellois. Les francophones ne l’ont pas fait. Les flamands se sont donc engouffré dans la brèche. On l’a dit on le répète, en votant ce texte, alors Bruxelles Hal Vilvorde approche à grand pas, les flamands ont fait de la provocation. Une loi de 1977 , confirmée en 1980 accorde à la communauté la compétence sur ces écoles. Les flamands la remettent unilatéralement en cause. Mais, « affront », « coup de force », « catastrophe », quand on lit les communiqués de presse d’hier soit on ne peut pas s’empêcher de penser que la réaction des francophones ressemble aussi un peu à de la surenchère. Inspecter les écoles, ce n’est pas les supprimer comme on le laisse sous-entendre parfois.
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Il y a un lien à faire entre ces deux dossiers : celui de la toile de fond et du climat ambiant. L’escalade en cours au MR et la surenchère sur les écoles vont rendre très difficile le début des négociations sur Bruxelles Hal Vilvorde. On voit mal comment Didier Reynders, affaibli en interne pourrait imposer des concessions aux plus francophones de ses partisans, Olivier Maingain en tête. On voit mal aussi comment les francophones dans leur ensemble pourraient ne pas se méfier de la majorité flamande après le vote d’hier. Entre l’escalade d’un coté, le provocation et la surenchère de l’autre, on se dit qu’Herman Van Rompuy va devoir développer des ruses de sioux pour éviter l’embardée.
Je ne sais pas si vous avez regardé les journaux télévisés jeudi soir, mais si oui vous avez du vous rendre compte que quelque chose à changé à la communauté. Je ne vous parle pas des textes pour la bonne gouvernance adopté par le gouvernement, c’est important bien sur, mais moi je vous parle du décor. Dans la salle du conseil des ministres, qui se trouve au 4ième étage, et dans la salle ou se tiennent les conférences de presse, au rez-de-chaussée, les observateurs avertis auront noté qu’ont a refait les peintures. Fond bleu pour la salle du conseil, fond blanc ou gris pâle pour la salle de presse. Avec à chaque fois l’expression Wallonie-Bruxelles en grandes lettres. Au rez-de-chaussée le nom des deux régions est souligné d’un trait dégradé qui va du rouge au vert en passant par l’orange. Un visuel qui rappelle celui mis en place au gouvernement wallon à Namur. Le bâtiment de la place Surlet de Chokier a donc eu droit à un petit lifting. Anecdotique ? bien sûr. Sauf que pour l’occasion, l’expression communauté française a été complètement gommée. On n’a pas osé inscrire le terme fédération, dans la constitution cela n’existe pas, mais l’intention y ait. Depuis que les deux gouvernements composés des mêmes ministres se réunissent dans la même salle, la distinction entre région et communauté s’estompe. Dimanche l’ajustement budgétaire du gouvernement wallon aura ainsi lieu à Bruxelles. Bref, sous la peinture, c’est la communauté qui disparaît.
Petite précision quand même en découvrant ses images j’ai interrogé le porte parole sur le coût de ces petits travaux de peinture (vous vous rappelez sans doute que c’est un bâtiment ou certains travaux de rénovation ont fait couler beaucoup d’encre). Ces travaux ont, m’a-t-on dit, été effectués par des ouvriers de l’administration, cela n’aurait pas dépassé quelques centaines d’euros. Le principe de bonne gouvernance, mis en avant hier, n’est donc pas écorné.
Quand on a une décision difficile à faire passer, il n’est effectivement pas rare qu’elle se retrouve rapidement dans la presse. Il y a 2 cas de figures. Soit c’est une fuite et l’objectif de la fuite c’est de torpiller la décision envisagée. Soit c’est un ballon d’essai. En lançant un ballon d’essai vous prenez de court vos interlocuteurs pour forcer débat. Dans les deux cas vous prenez l’opinion publique à témoin pour tenter d’influencer la décision. Nous avons un très bel exemple cette semaine avec la question les économies dans l’enseignement.  Une note précise, avec des pistes concrètes et des chiffres précis s’est retrouvée à la une du journal le Soir, provoquant un beau débat dans l’opinion publique sur les horaires et la pénibilité des horaires des professeurs. Logiquement   ce dialogue devrait avoir lieu entre la ministre et les syndicats d’enseignants, et cette concertation, si l’on veut la réussir, mérite du temps et de la discrétion. Puisqu’il en fût autrement, soit c’est une fuite ( ce sont les syndicats qui ont voulu compliquer la tâche de la ministre) soit c’est un ballon d’essai ce qui veut dire que la ministre ou son entourage ont voulu prendre l’opinion publique à témoin pour faire pression sur les syndicats. Du coup évidemment tous les acteurs s’en mêlent. Il faut noter que hier Marie Dominique Simonet s’est fait sèchement rabrouer par un communiqué de son ministre président. Rudy Demotte y rappelait que les discussions budgétaires auront lieus en octobre, et que d’ici là tout ce qui sera présenté comme pistes d’économies ne sera, je cite, que « supputations :  il n’est en aucun cas question de faire peser sur un secteur spécifique la totalité ou la majeure partie de l’effort budgétaire ».
En clair hier Rudy Demotte a plutôt pris partie en faveur des syndicats.
Marie Dominique Simonet  de son côté a assumé le contenu de sa note en accordant des interviews. Elle a donc, assez courageusement, enfilé clairement le costume de ministre de l’enseignement. Et elle a envoyé un message clair aux acteurs de l’école : nous sommes en temps de crise, cela ne sera pas drôle. Ce vendredi midi les syndicats d’enseignants feront part de leurs idées de riposte…
La scène se passe lors de l’installation du gouvernement de la communauté. Ce jour là une réunion formelle entérine les nominations. Les ministres évoquent aussi le rythme de travail. Les ministres de la communauté qui sont également membres du gouvernement wallon sont majoritaires : apparemment ils ont déjà tranché les questions d’organisation. Ils expliquent donc à leurs collègues que le gouvernement de la communauté Wallonie-Bruxelles se réunira désormais le jeudi (au lieu du vendredi) et que cela se fera une semaine sur deux à Namur et non plus place Madou (habitude déjà prise depuis quelques temps déjà , mais désormais officialisée). Voilà , il n’y a pas à discuter.
Autour de la table l’écolo Evelyne Huytebroeck s’étrangle : le jeudi c’est le jour du gouvernement bruxellois, elle ne pourra pas être aux deux en même temps. Les wallons, Jean-Claude Marcourt en tête,  font savoir que la question est réglée, aux bruxellois de s’adapter. Fadila Laanan note que pour cela il faut quand même convaincre les flamands de Bruxelles et on en reste là . L’anecdote (vérifiée à plusieurs sources, comme tout ce qui s’écrit ici *) confirme que les relations PS-Ecolo sont moins idylliques qu’il n’y paraît (le Pan a raconté comment Jean-Claude Marcourt s’est fait soufflé son cabinet par Jean-Marc Nollet, il n’est pas exclu que le liégeois ait voulu manifester une certaine mauvaise humeur) et surtout que la question de la visibilité de la communauté française est désormais posée.
En maintenant leur gouvernement communautaire le vendredi les ministres francophones se privent en effet de toute chance d’apparaître au devant de l’actualité, les journalistes préférant ce jour-là couvrir le gouvernement fédéral. Derrière la question du calendrier, c’est donc l’existence médiatique du gouvernement qui se joue, et il n’y a pas 36 solutions.  Le lundi c’est le jour des bureaux de parti, et le  mardi est une journée où les ministres répondent aux parlementaires en commission. Restaient donc le mercredi et le  jeudi. Fixer le gouvernement de la communauté au mercredi c’est le faire entrer en collision avec le gouvernement wallon, avec la garantie que les matières communataires restent de nouveau au second plan, et, accessoirement, ce serait pour les ministres à double casquette se priver d’office d’un second passage dans les journaux télévisés. Bref, il ne restait plus que le jeudi. La communauté le matin, la région bruxelloise l’après-midi ? Dis Rudy, faudrait peut-être appeler Charles pour s’organiser ?
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* pour être tout à fait précis :  la seule chose où mes interlocuteurs diffèrent c’est la tonalité de la conversation : de simple question d’organisation à copieuse engueulade
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