ecolo
Philippe Henry est clairement la cible de toutes les critiques depuis 48 heures. C’est vrai de la part de l’opposition. C’est le cas aussi de la part de la majorité. Tous les ministres du gouvernement wallon ont critiqués sa décision. Cela vaut la peine pour comprendre de revenir un peu en arrière. Nous sommes mercredi soir, un peu avant 19 heures, le conseil restreint du gouvernement wallon est réunit à Bruxelles. On décide dans l’urgence de convoquer Philippe Henry. Quelques heures plus tôt celui-ci a annoncé qu’il refusait le projet « Citta Verde », ce projet de méga complexe commercial à Farciennes.
Tollé des autres ministres, « tu ne nous as prévenus ». Réponde de Philippe Henry : « je suis dans mes compétences, c’est mon boulot d’arbitrer ce genre de dossier ».  Sur le fond Philippe Henry déroule ses arguments : ce grand projet de 42 000 m2 n’est pas conforme à la déclaration de politique régionale, ou l’on parle de favoriser les centres urbains en perte de vitesse plutôt que les grands projets en périphérie. Et quand on évoque les 700 à 1000 emplois promis par les partisans du projet le ministre rétorquent que ces emplois auraient plus été déplacés que réellement crées.
Sur la forme maintenant. Le fait d’être convoqué sonne bien comme un désaveu. Surtout que cette convocation a été largement médiatisée. La réunion de mercredi soir a lieue au moment où les journaux ne sont pas encore à l’imprimerie. C’est donc le bon moment pour faire passer le message : Philippe Henry est sous pression.
A minuit 40 en pleine nuit, le cabinet du ministre président Rudy Demotte va même sortir un communiqué de presse, une mise au point qui annonce qu’il n’y aucune rupture de confiance au sein du Gouvernement wallon
Le texte du communiqué indique que « les dossiers abordés  ont fait l’objet de discussions en toute confiance même si des points de vue divergents peuvent se confronte »r. Et Rudy Demotte de conclure que »si certains de ces débats ne font pas l’objet d’un consensus, ils n’aboutissent pas pour autant à la remise en cause de la confiance que le Gouvernement porte à l’égard d’un de ses membres. » Avec un peu d’esprit critique, et j’espère ne pas en être totalement dépourvu, c’est le genre de communiqué qui fait semblant de dire que tout va bien  tout en reconnaissant que tout va mal. Quelques heures plus tard devant les caméras de télévision les ministres confirmeront tous qu’ils ne sont toujours pas d’accord avec leur collègue et Rudy Demotte précisera même qu’ « il n’est pas exclu qu’on puisse revenir en arrière“. Une claque de plus donc et l’impression d’une belle pagaille.
Pouvait-on faire autrement ? Oui : Philippe Henry aurait pu évoquer le projet en réunion et demander l’avis de ses collègues. Il aurait pu cela ne veut pas dire qu’il aurait du. A l’inverse l’un de ses collègues aurait aussi pu demander à ce que ce projet soit évoqué en gouvernement, au moins de manière informelle. Cela n’a pas été fait non plus. Un petit peu comme si cette pagaille avait été programmée. Tout le monde avait senti vernir la crise. Depuis quelques semaines déjà humanistes et socialistes critiquaient en coulisse le travail de Philippe Henry. Derrière le dossier Citta Verde il y aussi une stratégie politique. Celle qui consiste à tenter d’affaiblir un ministre que les observateurs avaient repéré depuis longtemps comme un « maillon faible » potentiel car sans réelle expérience ni assise politique (il est plus facile de s’en prendre à Henry qu’à Nollet) alors qu’en face Ecolo ne veut surtout pas donner l’impression de céder.
Son nom circulait, la candidature au poste de co président d’écolo pour remplacer Isabelle Durant de Sarah Turine est désormais officielle. Elle a 36 ans,   elle a le soutien de Jean Michel Javaux,. Elle a l’expérience du travail d’opposition, dans sa commune, à Molenbeek, où elle siège au conseil communal face à Philippe Moureaux, et elle a aussi maintenant un peu de pratique du travail dans une majorité puisqu’elle siège au parlement bruxellois depuis cet été. Attention : la nouvelle venue n’est pas une baroudeuse au long cours de la chose politique. En tandem avec Javaux, elle ne nous en voudra pas d’écrire qu’elle va devoir vivre une période « d’écolage». Dans les prochains jours, c’est sans doute la première leçon de communication qui lui aura été dispensée , elle devrait s’abstenir de multiplier les interviews : elle n’est officiellement « que » candidate à la co-présidence. Une conférence de presse et ensuite silence radio : pour devenir réellement co-présidente il faut un vote du conseil de fédération du parti vert. Un conseil de fédération qui se prononcera le 20 novembre. Même si pour l’instant il n’y a pas d’autres candidates vous connaissez le caractère frondeur des écolos, chez lesquels, autrefois,  être la candidate officielle n’etait pas toujours un avantage.
C’est l’affaire du jour avec un grand A et pourtant c’est une polémique beaucoup plus passionnelle que rationnelle. Autant le dire tout de suite : José Happart n’a rien fait de répréhensible, et même pire il n’a rien fait du tout. Le mode de calcul de son indemnité de sortie est inscrit dans les règles en vigueur, rien d’autres. José Happart a été élu député régional en 99. Il a siégé comme président du parlement wallon de 2004 à 2009. Il est donc logique qu’il touche une indemnité, c’est un principe sain en démocratie de permettre aux élus de pouvoir se « retourner » lorsque leur mandat prend fin. Sans ce type d’indemnités, seuls les fonctionnaires feraient de la politique, les autres ne prendraient pas le risque d’interrompre leur carrière.  On peut bien sûr  discuter des montants, mais en rappelant toutefois que dans le secteur privé les sommes pour un tel niveau de responsabilité seraient comparables. Le principe de l’indemnité en revanche semble plutôt inattaquable. Depuis hier, il plane donc sur cette polémique un parfum d’antipolitisme qui met un peu mal à l’aise l’auteur de ce blog.
Derrière cette nouvelle affaire Happart on peut noter deux choses. La première c’est que l’ancien président du parlement wallon est devenu un symbole et qu’il est probablement pris à parti pour cette raison là . Le symbole de ces mandataires qui profitent de leur mandat pour avoir la belle vie et qui ne veulent rien changer au système. Après avoir incarné le combat francophone à Fourons le hérisson incarne plutôt désormais une classe politique archaïque et sclérosée, pour faire court la politique des « parvenus ». L’olivier a promis de tourner cette page, et les écolos, Emily Hoyos, nouvelle présidente du parlement wallon en tête, jouent leur rôle d’aiguillon.  José Happart, on le sait,  n’a plus le soutien d’Elio Di Rupo depuis longtemps. On verra dans les heures ou dans les jours qui viennent si l’ensemble du parti socialiste pense la même chose.
Deuxième élément à retenir. L’incroyable sens de la provocation de José Happart. Interrogé hier soir l’ancien président parle devant les caméras « d’acquis social ». Quand on évoque une somme de 530 000 euros, même répartis sur 4 ans, c’est bien sur inconvenant. On ne peut se revendiquer des luttes sociales pour défendre ce qui ressemble davantage à un privilège qu’à un droit à la dignité.  Avec une déclaration aussi déplacée José Happart donne  raison à ceux qui l’attaquent. L’ancien président du parlement, que l’on sait grand chasseur s’est tiré une balle dans le pied.
Je ne connaissais pas Ernest Glinne. Il appartenait à une génération d’hommes politiques que je n’ai pas côtoyés.  Je vous renvoie donc vers d’autres pour obtenir des témoignages plus humains et légitimes que le mien sur sa personnalité (sur Facebook Jacky Morael écrit par exemple ceci : Nous nous sommes beaucoup vus dans les années nonante, le plus souvent avec son ami Jean Guy, lui aussi disparu récemment.Je garde de ces rencontres le souvenir de discussions passionnantes et bien souvent enflammées. “)
 Avec Glinne et Jean Guy, c’est un page de l’histoire de la gauche wallonne qui se tourne. Hier soir ce sont les écolos qui ont publiés les premiers un communiqué où ils saluaient  « la mémoire d’un progressiste convaincu, qui s’est toujours engagé auprès des plus fragiles, n’hésitant pas à renoncer à de hautes responsabilités politiques pour poursuivre son combat politique sur le terrain ». Une heure plus tard le PS rappelait dans un autre communiqué qu’Ernest Glinne avait longtemps présidé le groupe PS du parlement européen et que ce progressiste « consacra toute sa carrière au service des citoyens, en particulier les plus démunis. » En fin de soirée, enfin le Rassemblement Wallonie France notait : « Ernest Glinne a toujours réussi à se tenir à l’écart de toute compromission avec les dérives et les corruptions du régime des partis » et qu’il « mérite de figurer au panthéon des grands wallons ».
Trois communiqués en quelques heures et tous aussi légitimes les uns que les autres. C’est qu’en quelques années Glinne était passé du rouge au vert, puis du vert au bleu blanc rouge. Militant wallon, il quite le MPW pour le PS. Député dès 1961, bourgmestre de Courcelles  puis ministre de l’emploi dans le gouvernement Leburton, il rejoint ecolo en 2000 pour siéger comme simple conseiller communal. En juin dernier il était candidat à la première suppléance de la liste européenne du RWF. Le soir de ce matin rapporte une jolie formule : « il vaut mieux rester soi-même en changeant d’étiquette que se changer en gardant la même étiquette » : Glinne ne peut pas être accusé de trahison ou de compromission avec ses idéaux. Voici donc un homme de gauche, qui a quitté son navire amiral (le PS) pour des questions de valeurs et qui changeait de boutique pour des questions d’idées et pas pour sa carrière… C’est réconfortant, non ?
Â
Certains d’entre vous auront peut être vu le reportage de Frédéric Delfosse mardi soir sur RTL TVI. Je reproduis ci-dessous l’un des documents qui a servi aux consultations lancées la semaine dernière avant d’aboutir à l’Olivier. Il s’agit de la fameuse “feuille de route” que les écologistes ont voulu “tester” auprès des socialistes et des libéraux. Comme vous le verrez le document recense les “points de crispation” possibles sur lesquels l’orange verte a pu vérifier de quelle marge de manoeuvre elle pouvait bénéficier. Il ne s’agit ici que des têtes de chapître : on ne saura pas ce que chaque proposition recèle en détail. Mais on peut déjà avoir une idée des buts poursuivis et des difficultés rencontrées. On se doute bien que l’abandon ”définitif” des projets autoroutiers (probablement l’axe Cerexhe-Heuseux- Beaufays) a dû crisper le PS ou que la tarification “solidaire” de l’énergie a pu provoquer des questions des libéraux.
Voici donc la note : la publier ici permettra de voir dans quelques semaines quels sont les points qui y finalement été retenus ou abandonnés dans les accords de gouvernement.
GOUVERNANCE
Â
- Composition du Gouvernement – Nombre de Ministres
- Cumuls et conflits d’intérêt
- Suppression des provinces et remplacement par des communautés de communes
- Répartition des compétences entre Région et communes en Région bruxelloise
- Dépolitisation des recrutements / engagements et promotions dans l’administration et les OIP (y compris OIP hors statut)
- Interdiction des interventions politiques dans les dossiers individuels
- Limitation plus stricte des rémunérations des mandataires publics
- Législation électorale
- Communications des exécutifs
- Démocratie locale
- Optimalisation des structures publiques et, le cas échéant, rationalisation
- Charte associative
- Tronc commun DPR-DPC
Â
DEVELOPPEMENT DURABLE
Â
- Réussite de la transition écologique de notre économie
- Plan Isolation – Impulsion majeure pour Partenariat public-ménages avec alliance emploi-environnement
- Ciblage des primes ‘énergie’Â
- Augmentation des quotas d’électricité verte
- Renforcement des normes PEB
- Investissement des moyens dans les transports publics
Orientation des moyens relatifs à l’équipement en faveur des modes doux
Abandon définitif des projets autoroutiers
- Ciblage des outils de la politique du logement (primes et prêts) sur noyaux d’habitat et en fonction du revenu
- Abandon des projets d’aménagement du territoire antiécologiques
- Redimensionnement des projets des gares de Mons et de Gosselies et réaffectation localisée des moyens
- PDI
- Abandon du décret DAR
- Politique des déchets
- Elevages intensifs
- Norme GSM
- Normes de bruit – Réduction et sanctions + respect des horaires
- OGM
- Copenhague
Â
Â
Â
SOLIDARITES
Â
- Tarification solidaire de l’énergie
- Régulation du marché locatif
- Refinancement du secteur du logement social et efficacité énergétique
- Développement de l’offre de logements publics ou conventionnés
- Plan d’accompagnement des chômeurs
- Changement de méthode pour l’école
- Page blanche pour décret inscriptions
- Application du décret « encadrement différencié » (et, au-delà , évaluation de la portabilité des élèves)
- Tutorat entre enseignants expérimentés et jeunes enseignants
- ARGO
- Bassins de vie
- Priorité budgétaire afin de créer 10 000 places d’accueil supplémentaires et rencontrer les besoins spécifiques (accueil ponctuel, accueil d’urgence, garde d’enfants malades, ATL, …)
- Accès aux études supérieures et à la réussite
- Création d’écoles de la santé pour remplacer le Numerus Clausus
- Protéger les plus jeunes en interdisant la publicité à destination des enfants de moins de 12 ans.
- Aide à la jeunesse – Priorité pour les alternatives à l’enfermement
C’est ce qu’on peut appeler le second tour de l’élection. Celui où se mettent en place les coalitions. Ce second tour s’est donc joué hier soir un peu avant 22 heures. Isabelle Durant et Jean Michel Javaux, les deux co-présidents d’écolo proposent au conseil fédéral de leur parti d’entamer les négociations avec le CDH et le parti socialiste pour Bruxelles, la Wallonie et la Communauté Française. L’olivier vient d’être planté, 20 minutes plus tard les écolos ont voté la proposition. Sans doute le tandem Durant- Javaux a-t-il préféré surfer  dans le même sens que sa base : l’idée d’une jamaïcaine en Wallonie n’était pas exclue pour les dirigeants verts, mais « forcer » cette direction c’était prendre le risque de ne pas passer le cap d’une assemblée générale. Coté CDH on  a démarré le débat plus tard  ce lundi mais le résultat fût le même, le vote du bureau intervenant vers 1 heures du matin.
Â
L’Olivier oui,  mais avec des conditions précisent  donc les 2 partis. Jean Michel Javaux a même indiqué hier qu’il n’y avait pas d’obligation de résultat. Du coté du CDH le bureau politique estime  que « le PS doit démontrer sa volonté claire de mener des réformes radicales ». En clair, c’est donc oui aux négociations, mais en  gardant la pression sur les socialistes. Tout cela est donc d’une logique implacable. Choisir le PS c’est choisir le premier parti en Wallonie et en communauté française. Un parti qui a dix sièges d’avance sur le mouvement réformateur.  Choisir le PS c’est aussi opter pour un parti dont le programme était plus proche de priorités oranges et vertes. Le choisir à tous les niveaux de pouvoir c’est opter pour la symétrie et la simplicité. On aurait pu imaginer d’autres formules. Avec un partenaire en Wallonie et un autre à Bruxelles. C’était probablement plus compliqué. Â
Â
Ce matin il ya forcément des déçus. Ceux qui ont voté Ecolo ou même CDH en pensant sanctionner le parti socialiste. Si Ecolo ne veut pas les décevoir Jean Michel Javaux devra continuer à faire pression sur le PS. Continuer à demander plus d’éthique et de bonne gouvernance. Demander et surtout obtenir des signes visibles sur ce terrain là , ce qui sera l’enjeu des prochaines semaines. Déjà il se murmure que plusieurs barons du CDH se sont montrés forts critiques vis à vis des demandes écolos sur le cumul et la réforme des provinces. Contrairement aux apparences les difficultés pourraient venir du CDH autant que du PS.
Â
Les autres déçus de la nuit sont bien sûr les libéraux. Le MR reste dans l’opposition dans les régions et les communautés,  alors que l’objectif était de prendre une revanche sur  2004. Si ces derniers jours les libéraux ont dit oui à presque toutes les demandes des écolos ou du CDH,  ils découvrent (mais certains devaient bien s’en douter, la naïveté n’étant surement pas un trait de caractère du président du MR )  qu’ils ont été instrumentalisés. Chaque concession bleue servait à arracher la même avancée du coté des rouges. Une mise en concurrence, marché de dupes pour les uns ou  une manÅ“uvre parfaite pour les autres, qui pourrait bien faire son entrée dans les manuels d’histoire politique. En 2004 lorsqu’il avait été éjecté des majorités régionales Louis Michel avait du s’effacer et passer la main à Didier Reynders. 5 ans plus tard, les libéraux revivent une situation très comparable. Même si rien n’indique pour l’instant qu’il y aura une révolution de palais avenue de la toison d’or : le MR doit encore attendre de voir si l’olivier prend réellement racine avant de tirer une conclusion définitive.
Ecologistes et humanistes sont dans la dernière ligne droite. Toute la semaine passée aura donc été passée à “étudier” les possibilités d’alliance avec le PS et le MR. Soyons francs : une semaine qui a aussi servi à mettre en concurrence socialistes et libéraux. Le PS en multipliant les déclaration sur la bonne gouvernance (Elio Di Rupo n’aura pas été tendre avec Guy Coême) et le MR en tendant la main au CDH (Didier Reynders tentant devant les caméras de se réconcilier avec Joëlle Milquet) ont sans doute remplit leur part de contrat.
Quel est la réalité du choix ? Si l’on part du principe que les coalitions ont la même couleur à tous les étages de la fusée rancophone, ecologistes et humanistes ont deux options. La première consiste à suivre la légitimité des urnes : le PS a dix sièges d’avance sur le MR à la communauté française et serait donc un partenaire logique. La seconde option serait celle d’une révolution copernicienne : renvoyer les socialistes dans l’opposition pour une cure de réflexion/rénovation. La révolution et la démocratie sont difficilement maniables. Mais s’ils optent pour la première option les écologistes devront trouver les arguments pour “habiller” leur décision. On imagine en effet que le MR,  s’il doit être laissé sur la touche, n’hésitera pas à railler ces humanistes et écologistes qui veulent prendre leur distance avec le PS pendant la campagne mais gouvernent avec lui une fois l’élection passée. En clair CDH et Ecolo seraient les premier demandeurs d’une rénovation “visible” du PS.
Â
A y regarder de plus près le réel intéret de l’orange verte serait une assymétrie entre Bruxelles et la Wallonie. Mouiller le MR à Bruxelles et le PS en Wallonie (ou l’inverse, voir les commentaires sur le précédent article) serait faire preuve d’une véritable indépendance et poserait les écologistes et les humanistes en réels maitres du jeu. L’idée fait son chemin au sein de l’état major Ecolo. Inconvénient : aucun parti n’incarnerait l’opposition à tous les niveaux de pouvoir… ce qui n’est pas très sain en démocratie.
Â
Il y a en tout cas une chose qu’ Ecolo et CDH ne devraient pas faire ce soir : confier un mandat “ouvert” à leurs négociateurs, comprenez un mandat qui ne dirait pas dans quel sens penchent les coalitions envisagées. Ce serait perdre le crédit de la semaine écoulée en prolongeant le jeu un peut trop longtemps et prendre le risque d’apparaitre comme des marchands de tapis. En Flandre les négociations sont lancées, le formateur est au travail . Il est temps que les francophones s’y mettent aussi.
Je m’interrogeais ce matin sur Bel RTL sur la présence des uns ou des autres au Doudou ce week end. Sans vouloir exagérer la portée symbolique de la présence d’hommes ou de femmes politiques dans la tribune de l’hôtel de ville, c’est sans doute un thermomètre (parmi d’autres et loin d’être infaillible je vous l’accorde) de la chaleur des relations que le président du parti socialiste et bourgmestre de Mons peut entretenir avec d’autres mandataires. Voici donc la liste des invités du bourmestre, sachant que Salvatore Adamo est l’invité d’honneur du cru 2009  : Rudy DEMOTTE, Ministre - Président, Marie ARENA, Ministre, Karel DE GUCHT, Ministre, Claude DURIEUX, Gouverneur de la Province de Hainaut, Pascal SMET, Ministre bruxellois, Marc TARABELLA, Ministre, Jean-Claude MARCOURT, Ministre,  Guy HARPIGNY, Evêque de Tournai, Laurette ONKELINX, Ministre, Fadila LAANAN, Ministre, Paul MAGNETTE, Ministre, Robert URBAIN, Ministre d’Etat, Joelle MILQUET, Ministre, Bernard CLAIRFAYT, Secrétaire d’Etat, Peter DE CREM, Ministre, Catherine FONCK, Ministre et Nicole ADAMO, épouse de Salvatore Adamo.
Première observation : il aura bien deux personnalités CDH (dont Catherine Fonck, malgré une campagne électorale très dure dans la circonscription au cours de laquelle elle s’est empoigné avec Elio en tant que tête de liste) mais aucun Ecolo. Jean-Michel Javaux et les siens ont probablement décliner l’invitation, craignant qu’une photo en compagnie d’Elio ne soit analysée comme un coup de pouce pour l’Olivier.
Deuxième observation : l’équilibre est parfait côté flamand avec un SPA, un CD&V et un OpenVLD.
Troisième observation : le responsable du protocole de la ville de Mons ne sait pas écrire Clerfayt correctement , ou alors  il cherche à faire enrager le seul invité MR.
C’est le fait du jour coté francophone : Ecolo et CDH essayent de se donner la main pour se présenter plus ou moins unis aux négociations. Je crois qu’il faut insister sur le « plus ou moins ». Certes les deux partis ont des intérêts communs et la démarche lancée ici rencontre ces intérêts.
Â
Politiquement d’abord : unies les deux formations pèsent 27 députés au parlement wallon, c’est plus que le MR (19) et presque autant que le PS (29). En se coalisant les écologistes et les humanistes espèrent donc peser sur le rapport de force et obtenir plus de concessions de leur futur  partenaire gouvernemental que si celui-ci devait discuter avec deux formations aux stratégies divergentes.Â
Â
 Médiatiquement ensuite : Ecolo et CDH à défaut d’avoir vraiment la main apparaissent ce mardi matin comme les« maîtres du jeu ». C’est symboliquement vital : tout ce qui affaiblit symboliquement le PS rendra plus facile l’Olivier (pour rappel : l’alliance PS-CDH-Ecolo). CDH et Ecolo ont électoralement intérêt à paraître le moins « scotchés » possible aux rouges. Il faut y ajouter un élément de temporisation : pendant la campagne Jean Michel Javaux et les siens étaient suffisamment critiques avec le PS pour ne pas pouvoir se jeter dans les bras d’Elio Di Rupo en quelques jours. La proximité qui existe entre Jean-Michel Javaux et Didier Reynders n’est pas une lubie des journalistes, c’est un facteur humain dont il faut aussi tenir compte. Et si une alliance Verte-Bleue n’est pas possible arithmétiquement il ne faut pas totalement exclure que les humanistes s’y joignent. En clair si Didier n’arrivera probablement jamais à séduire Joëlle, Jean-Michel peut avoir plus de chances. Le laisser croire ou le laisser entendre est un argument de négociation qui profite tant à Ecolo qu’au CDH puisqu’il peut amener le PS à être plus conciliant.
Â
Ca c’est la théorie. Dans la pratique cette stratégie de l’orange-verte comme noyau central de négociation rencontrera rapidement ses limites. Sur le plan des programmes d’abord. Interrogez Ecolo et CDH sur le nucléaire, les transports, la fiscalité, les provinces et vous mesurerez vite que l’orange et le vert ne se mélangent pas si aisément. On peut donc s’attendre à ce que Joëlle et Jean-Michel mettent d’abord l’accent sur ce qui les rassemble : l’éthique et la gouvernance. Cela forcera Elio à se positionner. Les nombreux signaux  (de respect notamment : « Jean-Michel » est devenu « Monsieur Javaux ») que le président du PS envoie depuis 48 heures en direction des écologistes sont décodés avec attention dans les états-majors. Dès qu’on entrera dans le vif des négociations la différence entre verts et oranges ressurgira. L’orange verte est un cartel dont la durée de vie ne dépassera pas quelques semaines.
La seconde limite de cette alliance de négociation est arithmétique. Ecolo et le CDH ne sont pas indispensables.  En Région Wallonne et en Communauté Française (c’est différent à Bruxelles) le parti socialiste peut très bien choisir de ne gouverner qu’avec l’un des deux partenaires… et sacrifier l’autre… ou même se tourner vers le MR si les négociations tournent au vinaigre. On imagine bien que le boulevard de l’empereur le rappellera en temps opportun : Ecolo et CDH ont quelques atouts dans leur jeu, ils n’ont pas toutes les cartes en main.
Voilà , les élections ont donc eu lieu et les résultats sont connus. Quelles sont les premiers grands enseignements que l’on peut tirer du scrutin ce lundi ? Je vous propose quelques réflexions, avant d’y revenir plus en détails dans les prochains jours.
Â
Sondages
« Les grands perdants sont les sondages » affirment en chœur les présidents de parti depuis dimanche soir. C’est exact les sondages n’ont pas vu clair dans le résultat de l’élection. Mais dire qu’ils se « trompent » manque de précision. Les sondages en question ont été diffusés une semaine avant l’élection. Cela signifie qu’ils ont été réalisés 2 ou 3 semaines avant le scrutin, en pleine affaire Donfut. Il est tout à fait plausible que la « photographie » réalisée à ce moment là ait été exacte…. Mais les électeurs se sont prononcés deux semaines plus tard. Ce ne sont peut être pas les sondeurs qui se trompent, mais l’électorat qui bouge.
Â
Une dernière semaine déterminante
Comme je l’ai déjà suggéré dans un billet précédent, je pense qu’on peut découper la campagne électorale en 3 périodes. D’abord un premier round centré sur la crise économique. Ensuite une période dominé par l’affaire Donfut et le débat sur la mauvaise gouvernance. Enfin, une dernière ligne droite où les ténors s’affrontent dans les radios et les télévisions. Cette hypothèse demanderait à être validée par des études approfondies : cette dernière semaine, marquée par un investissement personnel d’Elio Di Rupo (qui a utilisé son propre  parcours de vie comme argument de campagne) et l’implication des 2 ministres-présidents wallons et bruxellois a pu peser sur certains électeurs indécis. De même la perspective de voir Ecolo dans une position trop favorable (certains sondages laissant entendre que les verts pourraient arriver en tête en Wallonie et Jean-Michel Javaux laissant entendre qu’il pourrait accepter d’être ministre-président) conjuguée à un argumentaire souvent répété dans les débats sur les « taxes vertes » a pu freiner certains électeurs qui envisageaient de voter pour les écologistes pour exprimer un vote sanction.
Â
Â
Les locomotives
Les grands faiseurs de voix du PS ont remplis leur contrat : Elio Di Rupo, Michel Daerden, Charles Piqué (auxquels il faudra désormais ajouter Paul Magnette) ont fait un carton de voix de préférence. Ce n’est sans doute pas pour rien dans le relatif maintien des rouges. A l’inverse côté MR, à l’exception de Louis Michel et Serge Kubla, la plupart des grands faiseurs de voix (Didier Reynders, Olivier Maingain, Didier Gosuin, Charles Michel ) ne figuraient pas en tête de liste. C’est sans doute plus cohérent en terme d’éthique (on ne tire pas une liste si on n’a pas l’intention de sièger) mais c’est une erreur en terme de stratégie électorale.
Â
Un nouveau rapport de force
Observé sur le long terme l’écart entre les formations politiques francophones a tendance à se resserrer. Nous venons d’une situation où il y avait clairement deux « grands » (MR et PS) et deux « petits » (Ecolo et CDH). Ce lundi les écarts sont moins importants et les 4 partis se retrouvent avec des poids électoraux relativement comparables. Cela impliquera un nouveau mode de rapport de force.
Â
CDH- Ecolo en tandem
Ce passage vers un « système à 4 » (le scénario 3+1 que je décrivais dans un billet précédent ne s’est pas vérifié) est encore amplifié par le souhait d’ Ecolo et du CDH de se concerter avant les négociations. « Ensemble on est plus forts » : ce slogan s’applique à merveille à la situation que Jean-Michel Javaux et Joëlle Milquet tentent de créer. S’ils réussissent à se coordonner ces deux-là seront en mesure de choisir leur partenaire et donc à même de faire monter les enchères entre PS et MR. Ce qui implique que les socialistes, pour faire pousser l’Olivier, devront faire quelques concessions. On ne serait pas étonné que les signaux les plus attendus soient sur le terrain de la gouvernance.
Â
Extrême droite
Enfin le Front National disparaît des assemblées. A Bruxelles ou en Wallonie (où il flirtait avec les 8% en 2004) le parti d’extrême droite est sous la barre des 5%, seuil nécessaire pour obtenir des élus. Le FM a perdu plus de la moitié de ses électeurs en 5 ans.