fédéral

Joëlle Milquet amende le contrôle des chômeurs.

Par Fabrice Grosfilley dans fédéral, social , le 16 mars 2010 19h03 | Un commentaire>

C’est un dossier qui revient périodiquement sur la table. Le plan d’activation des chômeurs est régulièrement contesté par les syndicats. Lancé en 2004, il y a donc déjà 6 ans, ce plan prévoit que l’ONEM est chargé d’évaluer la réalité des efforts que font les demandeurs d’emploi pour retrouver du travail. Un entretien avec un facilitateur  est programmé après 21 mois de chômage. Ceux qui apparemment ne cherchent pas vraiment sont exclus du chômage. Soit pour une période de 4 mois, soit de manière définitive.

Les syndicats dénoncent des contrôles qui sont parfois arbitraires, ou qui ne tiennent pas compte de la réalité économique de certaines régions  où il y a moins de travail qu’ailleurs. Ces derniers mois le syndicat socialiste demandait qu’on suspende le plan, un moratoire le temps que la crise soit passée. Le syndicat chrétien plaidait lui pour de sérieux aménagements.

Coté politique, on a aussi souvent dénoncé un nombre d’exclusion plus important en Flandre qu’en Wallonie. Cela s’est semble-t-il corrigé avec le temps. Enfin on a souvent indiqué que le plan d’activation avait comme effet  secondaire de faire glisser des personnes du chômage vers les CPAS. Des personnes qui se retrouvent alors à la charge des communes. Il n’empêche le plan d’activation aurait permis de faire reculer le chômage. C’est ce qu’affirmait la ministre de m’emploi sur son site internet officiel  en octobre 2008 avant qu’on entre dans la crise économique :

« la diminution du chômage depuis l’entrée en vigueur progressive du plan est  réelle et  les demandeurs d’emploi sont mieux accompagnés et mieux formés : le nombre de formations et de reprises d’études est en hausse significative. »

Depuis la crise il fallait peut être malgré tout revoir la copie. CE que va faire Joëlle Milquet aujourd’hui en commission des affaires sociales. D’après la libre Belgique la ministre devrait proposer de dispenser de contrôle les chômeurs qui seraient jugés « éloignés du marché du travail ». On ne sait pas encore réellement qui entrera dans cette catégorie. Les personnes qui ont des problèmes médicaux et psychiques seraient concernées. Autre mesure envisagé : les chômeurs qui acceptent un emploi à temps partiel ne seraient plus contrôlés. Il faudrait pour cela prester au moins un tiers temps.

Pour la petite histoire ce plan aurait du être présenté il ya déjà une semaine. Si il y a eu un peu de retard c’est qu’un touchant à ce dispositif Joëlle Milquet s’expose. Le contrôle des chômeurs n’est pas perçu du tout de la même manière en Flandre et en Wallonie. Et il ya quelques semaines la ministre fédérale avait du faire face à une menace de conflit d’intérêt brandie par le gouvernement flamand. Si revoir le plan pour tenir compte de la crise semblait une évidence au sud, cela l’était beaucoup moins au nord. « Madame non » devait donc convaincre ses partenaires de la majorité mais aussi les ministres régionaux et notamment le ministre flamand de l’emploi qui est Philippe Muyters, ministre NVA le parti de Bart de Wever.

 

Cet après-midi le MR réagit négativement à l’exposé : C’est davantage un état d’avancement du dossier, qu’un véritable plan amélioré et renforcé d’accompagnement et de suivi des demandeurs d’emploi que la Ministre est venue nous présenter aujourd’hui, déclare Daniel Bacquelaine, chef de groupe libéral dans un communiqué.

Les leçons communautaires du flop de bozar

Par Fabrice Grosfilley dans communautaire, flandre, fédéral , le 4 mars 2010 12h03 | Ajouter un commentaire

En commission de l’intérieur, les députés ont interpellés hier Annemie Turtelboom sur la fameuse cérémonie du palais des  beaux-arts. Annemie Turtelboom est ministre de l’intérieur c’est donc elle qui a la tutelle sur le service du protocole, qui était à la base de l’organisation de cette matinée. Une cérémonie d’hommage raté, on s’en souvient. Au « bozar » les deux-tiers de la salle était vides. Hier après midi la ministre a donc donné des explications. Elle a reconnu  qu’il y avait moyen de mieux faire. Elle a aussi défendu le service du protocole en indiquant qu’il avait du travailler dans un délai très court.

 

Il ne faut pas tourner autour du pot : cette cérémonie était  bel et bien un échec. Ce ne sont pas les discours ou les morceaux de musique qui sont en cause, mais plutôt la sélection du public et son absence. Invitations envoyées par la poste, pas moyen de savoir qui viendrait qui ne viendrait pas. Les organisateurs pensaient que les victimes de l’accident, les personnes qui étaient dans les trains et leurs proches, se déplaceraient en grand nombre, ils avaient envoyé 680 invitations. Il n’y a eu que 90 personnes. Les parlementaires n’étaient pas non plus très nombreux. Et du coup pour les cheminots il n’y avait plus que 25 places prévues.

 

En choisissant Bruxelles le gouvernement n’a sans doute pas réalisé qu’il optait pour un lieu finalement assez éloigné du domicile des victimes. Et que le palais des beaux-arts pouvait être plus impressionnant qu’une cathédrale.

Annemie Turtelboom a annoncé qu’un groupe de travail serait mis en place pour préparer de telles cérémonies à l’avenir.

 

S’il y a  donc des raisons d’être mécontents, interrogeons-nous quand même sur ceux qui portent la polémique. Les premiers à réagir, dès la sortie de la cérémonie ont été les parlementaires de la NVA, le parti régionaliste flamand de Bart De Wever. “Ce fut une occasion manquée. Il ne s’agissait pas d’un hommage aux victimes, à leurs proches ou aux services de secours, mais un hommage aux dignitaires”, a déploré le parti dans un communiqué. Et un de ses députés Ben Weyts a regretté que la cérémonie n’ait pu se tenir à Hal, en Flandre.

 

Quand les nationalistes flamands montent au créneau il y a presque  toujours un effet symétrique : le FDF réagit à son tour. C’est ce qui s’est passé. Ce lundi le parti d’Olivier Maingain a demandé au premier ministre Yves Leterme de présenter des excuses aux familles des victimes : « le premier ministre et la ministre de l’intérieur n’ont pas pris toute la mesure de ce que devait être l’organisation d’une telle cérémonie. »

 

Hier la députée MR Jacqueline Galand a suggérée qu’Yves Leterme dise un petit mot à ce sujet cet après midi lors de la séance plénière, histoire de clore le débat. On verra cet après midi si il le fera, on n’est pas sûr que le premier ait vraiment envie de revenir sur la question, et prendre ainsi le risque de relancer la polémique .

 

Car vous l’ avez compris : derrière le  débat sur le flop de la cérémonie se cache d’autres  symboles. Le gouvernement a voulu une cérémonie nationale, qui rendrait hommage aux victimes flamandes et francophones, il a ainsi pris à rebrousse poil les plus régionalistes. Certains de ses membres plaidaient pour un lieu laïc. Avec le flop de samedi dernier on a la démonstration que :  1. ce qui est national reste difficile à organiser. 2. les bâtiments publics qui permettent le recueillement sont difficile à trouver .3 l’état fédéral n’a pas le savoir faire pour organiser ce genre de manifestions.

Pour que le vote devienne un devoir et non une obligation

Par Fabrice Grosfilley dans fédéral, mode d'emploi, mr , le 1 mars 2010 11h03 | 7 commentaires

SPAIN EU MINISTERS HAITIC’est un débat porté par les libéraux. La première salve est partie coté flamand, avec Alexander De Croo, qui est le fils d’Herman De Croo et qui est surtout le jeune président de l’Open VLD.  Le parti libéral néerlandophone, l’équivalent du MR au nord a donc déposé une proposition de modification de la constitution pour  mettre fin à l’obligation de voter.

 

Ce weekend nouvelle sortie côté francophone cette fois ci. Charles Michel, qui est le fils de Louis et qui est surtout ministre de la coopération au développement et une  personnalité qui compte au mouvement réformateur, propose dans un  entretien au quotidien la Libre Belgique samedi,  3 réformes. 1 on supprime l’obligation de voter, le fait de se prononcer ou pas deviendrait donc  un engagement citoyen que l’on exprimerait volontairement.2. On instaure un système majoritaire à deux tours, comme cela existe en France, je n’entre pas dans les détails, mais cette réforme serait avantageuse pour les gros partis et diminuerait le poids des plus petits, donc tout bénéfice pour les bleus et les rouges,  tandis que les verts et les oranges seraient renvoyés en deuxième division. 3. On élit les ministres présidents directement. Ce qui veut dire qu’entre les deux tours, les coalitions devraient être négociées et qu’on désignerait déjà  le futur numéro  1 du gouvernement. Le point 3 est encore un peu flou à mon sens (comment le traduire dans un vote, si ce n’est par une seconde élection purement présidentielle, mais ne serait-ce pas prendre le risque d’avoir un président et une majorité de couleurs distinctes ?) mais le débat est posé.

 

Posons-nous la question : la Belgique mérite-t-elle d’être une exception ? L’obligation de vote obligatoire est devenu très minoritaire en Europe, elle existe encore en Grèce et au Grand-Duché de Luxembourg, mais aux Pays-Bas le vote n’est plus obligatoire depuis 1970 (septante) en  Italie il ne l’est plus depuis 1993. 

 

Pour comprendre, rappelons-nous que le vote obligatoire remonte à plus d’un siècle : 1893, l’époque où l’on a installé le suffrage universel plural. A l’époque on craignait que les couches sociales les plus défavorisés, les personnes les moins éduquées ne se déplacement pas. Ca part donc au départ d’un bon sentiment démocratique et  égalitaire.  120 ans plus tard cela n’est plus du tout la même chose.  La question d’une réforme est donc pertinente.

 

Vous savez ce qu’on risque quand on ne vote pas ? Une amende, 1000 euros quand même et comble de l’ironie, en cas de récidive on risque de perdre le droit de vote. Ca c’est la théorie, dans les faits on ne poursuit que très exceptionnellement les électeurs qui oublient de se déplacer. Le ministre de la justice lui même reconnaît que depuis 2003 les parquets ne poursuivent plus les abstentionnistes.

 

Avant de tout changer un rappel quand même : le vote obligatoire a cependant un réel effet : chez nous le taux de participation est d’environ 90% quel que soit le scrutin concerné cela veut dire que 9 électeurs sur 10 se déplacent pour voter.  Cela nous place parmi les citoyens les plus impliqués d’Europe. En  France ce taux de participation est très variable : 70, 80% pour une élection présidentielle mais seulement 43% pour les dernières élections européennes, cela signifie que moins d’un électeur français sur deux s’est déplacé. Paradoxalement un député européen élu en Belgique serait donc plus « démocratiquement représentatif » qu’un député européen élu ailleurs. Mais cela ne doit pas nous empêcher d’ouvrir le débat. Et quitte à réviser la constitution, pour BHV ou autre chose, autant inscrire l’article 162 pour que le devoir ne soit plus une obligation.

 

Pour ceux que ce débat interesse, je conseille la lecture de mon collègue blogueur Charles Bricman : http://blog.pickme.be/2010/02/20/vote-obligatoire-un-faux-debat/

SNCB, directeurs en attente

Par Fabrice Grosfilley dans fédéral , le 17 février 2010 11h02 | Un commentaire>

La SNCB est une entreprise publique : financée par l’état, elle doit remplir des taches que l’on juge utile pour le citoyen, ces services doivent être fournis avec un prix et une qualité définis par le monde politique. Entreprise publique cela veut dire aussi qu’elle est indépendante de l’Etat et doit être gérée comme une entreprise.  Ces principes de base s’appliquent à la SNCB mais aussi à la Poste ou à Belgacom par exemple.

Dans le gouvernement d’Yves Leterme c’est la ministre des entreprises publiques Inge Vervotte qui a la tutelle de ces entreprises.  Cela veut dire qu’avec son cabinet, elle surveille ces entreprises, négocie les contrats de gestion, assure le financement, prépare les nominations. Le tout se fait sous le contrôle du parlement, notamment de la commission  infrastructure.

Inge Vervotte est elle seule maître à b ord ? Oui et non. Oui parce qu’elle a bien la tutelle de la SNCB. Non parce qu’il existe aussi au gouvernement un secrétaire d’Etat à la mobilité, Etienne Schouppe. En théorie Etienne Schouppe n’a pas de moyen d’action sur la SNCB. Dans les faits comme c’est un ancien patron de la SNCB qui est ensuite entré en politique la confusion est parfois possible. Depuis deux jours d’ailleurs le premier ministre a demandé à Etienne Schouppe de rester en retrait et de laisser à  Inge Vervotte le soin de  s’exprimer seule au nom du gouvernement sur ce dossier.

 

Comment le gouvernement contrôle-t-il la SNCB ? Notamment par l’intermédiaire d’un contrat de gestion. Celui-ci  est renouvelé tous les 4 ans. Le contrat actuel couvre la période 2008-2012. Il prévoit une augmentation de 25% du nombre de voyageurs transportés par rapport à 2006 soit un objectif de 234 millions de passager par an. C’est un document de 70 pages, 270  si vous ajoutez les annexes, parmi lesquelles figure l’important plan de financement. Le mot sécurité y apparaît 54 fois.

 

 

Pour bien comprendre ce qui se passe à la SNCB il faut encore savoir que la société est divisée en 3 entités distinctes, ce “morcellement” répondant aux souhaits de la commission européenne pour permettre l’ouverture de la concurrence sur le rail. La société Infrabel  gère les infrastructures, les chantiers,, l’alimentation du réseau en électricité par exemple. La SNCB elle même est l’opérateur responsable, en clair ce sont les trains qui roulent. Et puis 3ieme entité la SNCB holding, la société qui en théorie  chapeaute les deux autres (elle est l’actionnaire de la SNCB) et est directement responsable des 39 plus grandes gares ainsi que du personnel - et entre autres du recrutement et de la formation des cheminots-.  Ces derniers jours vous aves beaucoup vu Luc Lallemand (étiquetté PS) le patron d’Infrabel et Marc Descheemacker (étiquetté Open VLD) le patron de la SNCB. Ils sont venus sur les plateaux de télévision, ils ont beaucoup communiqué et ont du faire face à des questions dérangeantes. Vous n’avez en revanche pas vu Jannie Haeck qui est le patron de la SNCB- Holding.  Jannie Haeck  n’est pas un inconnu du monde politique : c’est l’ancien chef de cabinet de Johan Vandelanotte, ministre socialiste flamand qui n’est plus au gouvernement.

Dernière information qui n’est peut être pas un détail. Cette année le mandat des 3 patrons du rail arrive à échéance. Leurs mandats  doivent donc être renouvelés par le gouvernement. S’il s’avère que la catastrophe de Hal était due à un sous-investissement, cela pourrait être le terminus pour l’un d’entre eux.

Définir le fédéralisme de coopération

Par Fabrice Grosfilley dans communautaire, flandre, fédéral , le 10 février 2010 12h02 | 2 commentaires

Le fédéralisme de coopération c’est l’expression martelée par Yves Leterme depuis le début de l’année pour définir l’esprit dans lequel le fédéral et les régions devraient travailler. Cette expression  n’est pas tout à fait neuve. Yves Leterme lui même dit l’avoir utilisée en 2005. La réalité c’est que cette expression  est un peu devenue un slogan. En recevant tout à l’heure  Charles Picqué et Rudy Demotte il va falloir lui donner du contenu.

Qu’est ce que le fédéralisme ? C’est la définition d’un système politique ou les niveaux de pouvoirs sont séparés. L’état fédéral d’un côté, les régions et les communautés de l’autre. L’un n’intervient pas dans les affaires de l’autre, et il n’y a pas de hiérarchie des normes, cela veut dire qu’un décret de la région flamande ou de la région wallonne a autant de valeur qu’une loi du fédéral. Si vous allez en justice il n’y en pas une qui s’imposerait à l’autre.

Dans la théorie du fédéralisme le niveau fédéral et le niveau régional sont dont complètement indépendants, et ils devraient s’occuper de matières distinctes. C’est comme ça que le modèle belge a été imaginé. Dans la pratique on voit bien que le système a ses limites : sur la sécurité à Bruxelles par exemple mais aussi sur l’économie, sur l’emploi l’actualité récente regorge d’exemples où l’on voit bien que l’état fédéral et les régions sont doivent se concerter si on veut aboutir à des résultats réels.

En employant l’expression « fédéralisme de coopération » Yves Leterme s’inscrit donc dans cette logique : « il faut travailler ensemble ».

Ce qui nous éclairera le mieux dans la définition du  fédéralisme de coopération, c’est son contraire : le fédéralisme de combat. Celui-ci exprime une autre vision : celle ou les entités fédérées gagnent peu à peu du pouvoir au détriment du fédéral.

Bart de Wever par exemple trouve que l’expression « fédéralisme de coopération » est arrogante et que cela n’est qu’un écran de fumée qui  cache l’échec du gouvernement d’Yves Leterme. Le nationaliste flamand traduit donc le concept par un stop dans les réformes institutionnelles. Le fédéralisme de coopération ne serait donc pas inscrit dans cette  dynamique de « l’évaporation » de l’état fédéral.

Lees régions ou le fédéral qui doit peser le plus lourd ? Rudy Demotte interrogé par le Soir ce matin refuse de se prononcer « pour tout dire je m’en fiche » dit-il, ce n’est pas la réforme qui compte, c’est la relance ». Réponse facile. Relancer l’économie cela veut bien dire  toucher aux incitants fiscaux, toucher aux politiques de formations, revoir le contrôle du chômage et pour cela le fédéral et les coopérations vont bien devoir coopérer.

Yves Leterme, premier hyperactif

Par Fabrice Grosfilley dans fédéral , le 9 février 2010 11h02 | Ajouter un commentaire

BELGIUM POLITICS GOVERNMENT SOCIAL PARTNERSNous avions relevé (voir billet précédent) que le premier ministre avait été omniprésent dans les médias au mois de janvier. Et bien ça continue. Cette semaine il a de quoi faire (son agenda officiel est ici) . Hier Yves Leterme a réussi un premier pari : relancer un semblant de concertation sociale entre patrons et syndicats. C’est une victoire modeste, les négociations n’ont pas vraiment repris, les partenaires sociaux se sont juste mis d’accord pour se revoir le 5 mars, dans un mois pour mettre au point un calendrier. Mais bon comme patron et syndicats ne se parlaient plus  et que les uns organisaient des pétitions pendant que les autres répondaient à coup de manif, c’est  une petite victoire quand même.

Ce soir Yves Leterme aborde un autre dossier d’actualité : la sécurité. Il recevra à partir de 18 heures avec la ministre de l’intérieur et le ministre de la justice le ministre président bruxellois Charles Picqué, le président de la conférence des bourgmestres et les chefs de zone. Le premier ministre a promis qu’il voulait des mesures structurelles pour la sécurité à Bruxelles, et pas d’un débat symbolique sur les zones de police. Les Bruxellois vont donc lui demander de confirmer ses bonnes intentions, s’ils peuvent ressortir de la réunion avec des mesures concrètes ce sera tant mieux. Mine de rien ce rendez-vous est un petit test communautaire : Bruxelles n’a pas les moyens de financer une nouvelle politique de sécurité. Que l’on parle de prévention avec la politique des grandes villes, d’effectifs, avec la présence de policier dans la rue, ou de justice avec l’accélération des procédures c’est à chaque fois le fédéral qui est compétent. Le premier devra trouver le moyen d’aider Bruxelles sans faire de l’ombre à la Flandre.

Demain nouvelle réunion avec les francophones. Charles Picqué et Rudy Demotte seront reçus par le premier ministre  pour évoquer le fédéralisme de coopération, c’est le concept à la mode lancé par l’équipe Leterme pour tenter de dépasser les clivages communautaires. Jeudi Yves Leterme se concentrera sur le commet anticrise de l’union européenne. Sommet lancé par son prédécesseur au 16 Herman Van Rompuy. Le  même jour il  visitera aussi les nouvelles installations de Glaxo Smith Kline à Wavre et puis vendredi il y aura le traditionnel conseil des ministres.

Pourquoi Yves Leterme s’agite-t-il ainsi ? D’abord parce que c’est son boulot. Etre premier ministre c’est effectivement coordonner le travail de tout le gouvernement, sur tous les terrains. Ensuite parce que c’est son caractère. Yves Leterme est un hyperactif, ses vice premiers racontent tous qu’il n’arrête pas de les appeler au téléphone pour suivre personnellement tous les dossiers.  Parfois certains d’entre eux confient même que c’est un peu irritant.

Et puis il y a une autre raison. Si  Yves Leterme occupe le terrain c’est aussi pour ne pas le laisser à Kris Peeters, le ministre président flamand.  Les conférences de presse de l’un  répondent aux déclarations de l’autre. Même si ils sont du même parti les deux hommes sont désormais en compétition. Compétition électorale à venir  pour être à terme le patron du CD&V. Compétition institutionnelle déjà. : évoquant le fédéralisme de coopération inventé par Yves, Kris a précisé dans la presse que son gouvernement n’avait pas besoin d’une  « baby-sitter ».  Kris le flamand et Yves le fédéral sont parfois en opposition, ce qui n’est pas forcément bon signe alors que l’on tente de négocier Bruxelles- Hal- Vilvorde.

Ah, est-ce que je vous ai dit ce que faisait Yves Leterme vendredi soir ? Il reçoit les journalistes politiques pour  présenter ses vÅ“ux.  Des vÅ“ux au mois de février allez vous me demander, ce n’est pas une faute de gout ? Là aussi il y a un  message caché : dans notre monde politique, présenter ses vÅ“ux à la presse est un rituel très codifié : quand on est le dernier à s’exprimer cela veut dire qu’on est le patron.

BHV : sortez vos cartes

Par Fabrice Grosfilley dans communautaire, fédéral , le 26 janvier 2010 20h01 | Ajouter un commentaire

Il suffisait de lever le couvercle pour que cela parte dans tous les sens. Ce matin la Libre Belgique a donc levé le voile sur ce qui pourrait être l’une des pistes suivies par Jean-Luc Dehaene. En gros, mais je vous renvoie vers l’article de Francis Van de Woestyne pour les détails, on trouverait une situation transitoire pour BHV, la scission serait donc renvoyée à plus tard, mais en compensation les francophones accepteraient d’ores et déjà une première série de transfert de compétences ainsi que l’ouverture à révision de nombreux articles de la constitution (lorsque la chambre est dissoute c’est l’assemblée sortante qui décide quels articles pourront être révisés lors de la législature suivante).

Ce scénario aurait effectivement été testé avec les présidents de la majorité. Reste encore à le faire approuver par les partis de l’opposition dont l’apport serait nécessaire pour une majorité des deux tiers. Ce soir le microcosme bruisse de mille rumeurs. La piste de la Libre ne serait pas la bonne, ou en tout cas pas la seule,  et  bon nombre de partenaires pensent qu’il vaut mieux régler BHV tout de suite et  ne pas gâcher l’occasion qui se présente. Y compris en parlant d’un tout nouveau découpage électoral. Il y a quelques années un scénario de ce genre avait été mis sur la table : redéfinir les limites géographiques de certaines communes pour rendre un « élargissement » acceptable. Tout peut alors être imaginé : certaines communes de la périphérie, fusionnant, rejoindraient Bruxelles tandis que d’autres rejoindraient la Flandre…Côté flamand on évoque aujourd’hui une fusion Wammel-Merchtem (il y a 60% de francophones à Wemmel, la fusion leur feraint perdre de l’influence). Jean-Luc Dehaene ne commente pas. Les cartes d’état major sont sorties…. La grande intoxication a commencée.

Avec un constat évident : le communautaire revient et le débat s’électrise. Geert Bourgeois annule ce soir des décisions du conseil communal de Linkebeek (majorité francophone) parce qu’elles ont été prises à huis clos. Le parlement de la communauté française reçoit de son côté les bourgmestres de la périphérie et s’apprête à attaquer la décision flamande de confier l’inspection des écoles francophones des communes à facilités à des inspecteurs néerlandophones. La météo annonce le retour du froid la nuit prochaine, mais la température communautaire, elle,  vient de gagner quelques degrés.

La bataille des Ardennes, version 2010

Par Fabrice Grosfilley dans fédéral , le 14 janvier 2010 11h01 | Un commentaire>

BELGIUM POLITICS CHAMBER COMMISSION DEFENCEReculer en politique, c’est un terme fort, presque une insulte. Quand dit de vous que vous avez reculé, cela signifie que vous n’avez pas eu la force de maintenir votre position, que vous avez du faire des concessions substantielles, que vos adversaires vous empêchent d’atteindre vos objectifs.

Hier Pieter de Crem niait donc tout « recul » : il indiquait que son plan était maintenu, qu’on l’avait (c’est le terme employé)  « contextualisé ». Le communiqué du premier ministre parle lui de la « confirmation d’une série de modalités d’exécution ».

Alors que c’est il réellement passé  hier ? A Arlon le plan initial  prévoyait  le maintien de 200 soldats, il y en aura finalement 400.  A Bastogne on avait annoncé une fermeture complète, une centaine d’hommes seront finalement maintenus.  Attention, derrière ces chiffres il  y a des fonctions. A Bastogne, le 1er régiment d’artillerie déménagera bien à Braschaat en province d’Anvers, mais on installera  un dépôt  pour les collections du musée de la défense. On a donc échangé des artilleurs contre des gardiens de musé. A Arlon l’adaptation du plan est plus substantielle, puisqu’une partie des activités de l’école d’infanterie sera bien maintenue sur place.

Pour arriver à ce résultat il a donc fallu deux réunions du comité restreint au 16 rue de la loi. Lors de la seconde réunion on a même associé certains députés, histoire de bien montrer que le plan De Crem était devenu un débat au sein de la majorité. Dès que l’accord a été connu, nous avons eu droit à une avalanche de communiqués. Dès midi, le CDH annonce lui même, en primeur,  le contenu de l’accord. Le titre du communiqué résonne comme un coup de clairon « le CDH a obtenu les avancées demandées à propos de la restructuration de l’armée ». Les humanistes concluent en remerciant Pieter De Crem pour l’ouverture dont il a fait preuve. Dans les autres partis on s’étrangle. Au MR on signale qu’on a été aussi très actifs pour faire pression sur le ministre de la défense. Philippe Collard bourgmestre de Bastogne glisse même qu’il s’est localement senti un peu seul, un flèche en direction de son rival local Benoit Lutgen.  Côté socialiste, Laurette Onkelinx laisse le soldat André Flahaut monter au front et prendre acte  « de la réponse favorable apportée aux demandes notamment du PS ». La vérité est que  tous les partis francophones ont plus ou moins fait pression sur le ministre de la défense. Chacun dans son style. Evidement les  uns et les autres pensent déjà aux prochaines élections communales, revendiquer une part de ce revirement c’est déjà lancer la campagne, et, sans mauvais jeu de mot, de bonne guerre.

 

Côté flamand, la N-VA, le parti de Bart de Wever a estimé que Pieter de Crem  a fléchit, que son plan initial était justifié, et que le ministre de la défense a reculé devant je cite « le clientélisme francophone ».

Mine de rien la critique des nationalistes flamands a du sens. Ce fameux plan, qu’on appelle plan  De Crem avait été approuvé par l’ensemble du gouvernement. Partis francophones inclus. Que les états majors s’activent ensuite pour le modifier, indique d’abord à quel point les enjeux des prochaines élections communales sont sensibles, mais aussi que la majorité manque de cohérence. Sans doute Yves Leterme a -t-il préféré faire pression sur Pieter De Crem pour  ne pas brusquer les francophones dans un moment politiquement sensible. Et il faut être honnête : depuis 15 jours le ministre de la défense lui même avait lancé des signaux d’assouplissement. Dans quelques semaines ou quelques mois  il faudra arbitrer Bruxelles Hal Vilvorde mais aussi vérifier que le budget ne dérape pas.   Ce n’était donc pas le moment de fâcher tout le monde. Mais ce recul si on choisit de retenir ce terme, et la foire d’empoigne qui s’est jouée hier, indiquent aussi que la solidarité gouvernementale reste un concept très abstrait.

Un budget présenté sans ministre du budget

Par Fabrice Grosfilley dans anecdote, fédéral , le 12 janvier 2010 15h01 | Un commentaire>

 

Les comptes “clôturés” du budget fédéral ont été présentés officiellement ce matin à la presse. Des chiffres qui confirment ceux avancés par le journal l’Echo il y a une semaine : le budget 2009 s’est finalement clôturé sur un déficit de 20 milliards d’euros, soit 5,9 pc du PIB. C’est à peine plus que ce que prévoyait le gouvernement initialement (5,8%) et les ministres présents dans la salle de presse du 16 rue de la loi avaient théoriquement des raisons, non pas de se réjouir, mais au moins d’avancer qu’ils avaient réussis à limiter la casse et que le pari était tenu. Sur l’estrade se trouvaient donc Didier Reynders, ministre des finances, Melchior Wathelet, secrétaire d’état au budget, et Laurette Onkelinx, ministre de la santé pour commenter les chiffres de la sécu. Vous avez noté ? Guy Vanhenguel n’était pas présent. Le ministre du budget était attendu mais ne s’est présenté… Croyant à un retard ses collègues ont préféré commencer sans lui. Ce n’est qu’une heure plus tard qu’on a appris que Guy Vanhenguel, injoignable, ne serait pas présent.
      
 Update à 16 heures : l’attachée de presse de Guy Vanhenguel précise à l’agence Belga que le ministre n’a pas pu assister à cette conférence en raison d’une fuite de gaz à son domicile, à Evere. Il a fallu ouvrir le trottoir pour réparer la canalisation et la porte-parole de préciser “le trou dans la canalisation a été rebouché, maintenant, reste celui du budget”…. 

 
 Update 2 : mon confrère Ludovic Delory détaille les chiffres ici : http://blogs.rtlinfo.be/econoblog/dette-et-deficit-la-belgique-limite-la-casse/
 
 

 

 

Yves Leterme a un nouveau bras droit

Par Fabrice Grosfilley dans fédéral , le 12 janvier 2010 11h01 | Ajouter un commentaire

BELGIUM LINKEBEEK COMMUNITY COUNCILChef de cabinet : l’homme de l’ombre qui conseille le ministre,  un organisateur qui prépare les dossiers et démine le terrain avant les grandes négociations, un patron aussi puisque c’est lui gère le cabinet quand son ministre est en représentation. Etre chef de cabinet du premier ministre c’est donc tout cela, avec une responsabilité supplémentaire : diriger en coulisse le travail de la majorité. Organiser et présider ces fameuses réunions inter cabinets, ou l’on prépare le conseil des ministres par exemple. Officiellement le chef de cabinet du premier, on dit « chef « cab dans le langage courant porte le titre de président de la cellule stratégique du premier ministre. Jusqu’à présent ce poste était détenu par Hans d’Hondt. 50 ans, Hans d’Hondt, qui était déjà chef de cabinet d’Yves Leterme au moment de l’affaire Fortis,  était resté à son poste et  avait été repris par Herman Van Rompuy. Il incarnait un peu la transition entre les deux hommes. S’il quitte son poste c’est parce qu’en fin de semaine il devrait être nommé président du service public des finances. Ce n’est pas rien, le département des finances c’est l’une des plus grosses administrations du pays. Hans d’Hondt pour décrocher ce poste a réussi un examen, organisé par le Selor, il est le seul candidat a avoir obtenu la note A, la note maximum.

Depuis quelques semaines on savait donc qu’Yves Leterme lui  cherchait un successeur. Depuis hier on sait que ce sera Eric Kirsch. Yves Leterme l’a confirmé aux membres de son cabinet.  Qui est-ce ? C’est un militant CD&V bien sûr, un spécialiste des finances, de l’aviation et du débat institutionnel. Dans les années 80 il travaille pour  différents cabinets ministériels, dont celui de Jean-Luc Dehaene. De là il glisse à la régie des voies aériennes. Dans les années 90 il est le directeur général de la BIAC, la société qui gère l’aéroport de Bruxelles. Il sera ensuite contrôleur financier à l’OTAN. Eric Kirsch est donc un spécialiste des finances publiques c’est aussi et surtout un spécialiste du débat institutionnel. D’abords parce qu’en 1992 -1993 il participe aux fameux accords de la saint-Michel, qui vont permettre de financer les régions et les communautés. Ensuite parce qu’il habite Linkebeek, commune à facilités du brabant flamand. Il y a même été tête de liste aux dernières élections communales, et c’est là que la photo ci-contre a été prise (Kirsch porte la cravatte rouge).  C’est donc un conseiller d’opposition qui défend les intérêts de la minorité flamande. Pour le dire autrement, c’est localement l’ennemi numéro 1 du FDF.

Depuis le retour du CD&V au pouvoir il était dans l’antichambre de la rue de la loi. Il a travaillé  comme conseiller de Jo Vandeurzen pour les réformes institutionnelles. Il était dans l’équipe Leterme pendant les quelques mois ou Guy Vehofstadt a assuré l’intérim au 16 rue de la loi.

Cheveux blanc, petite barbe, lunettes, voilà pour le portrait. J’ajouterai qu’Eric Kirsch aime la musique classique, et qu’il dirige la chorale Sainte-Cécile de Linkebeek. Un  chef de cab qui aime les beaux accords c’est plutôt bon signe…. Et mine de rien, qu’Yves Leterme choisisse un spécialiste du débat communautaire comme chef de cabinet, cela indique assez bien quelle musique nous entendrons dans les prochains mois.