C’est un dossier qui revient pĂ©riodiquement sur la table. Le plan d’activation des chĂ´meurs est rĂ©gulièrement contestĂ© par les syndicats. LancĂ© en 2004, il y a donc dĂ©jĂ 6 ans, ce plan prĂ©voit que l’ONEM est chargĂ© d’Ă©valuer la rĂ©alitĂ© des efforts que font les demandeurs d’emploi pour retrouver du travail. Un entretien avec un facilitateur  est programmĂ© après 21 mois de chĂ´mage. Ceux qui apparemment ne cherchent pas vraiment sont exclus du chĂ´mage. Soit pour une pĂ©riode de 4 mois, soit de manière dĂ©finitive.
Les syndicats dĂ©noncent des contrĂ´les qui sont parfois arbitraires, ou qui ne tiennent pas compte de la rĂ©alitĂ© Ă©conomique de certaines rĂ©gions oĂą il y a moins de travail qu’ailleurs. Ces derniers mois le syndicat socialiste demandait qu’on suspende le plan, un moratoire le temps que la crise soit passĂ©e. Le syndicat chrĂ©tien plaidait lui pour de sĂ©rieux amĂ©nagements.
CotĂ© politique, on a aussi souvent dĂ©noncĂ© un nombre d’exclusion plus important en Flandre qu’en Wallonie. Cela s’est semble-t-il corrigĂ© avec le temps. Enfin on a souvent indiquĂ© que le plan d’activation avait comme effet secondaire de faire glisser des personnes du chĂ´mage vers les CPAS. Des personnes qui se retrouvent alors Ă la charge des communes. Il n’empĂŞche le plan d’activation aurait permis de faire reculer le chĂ´mage. C’est ce qu’affirmait la ministre de m’emploi sur son site internet officiel  en octobre 2008 avant qu’on entre dans la crise Ă©conomique :
« la diminution du chĂ´mage depuis l’entrĂ©e en vigueur progressive du plan est  rĂ©elle et  les demandeurs d’emploi sont mieux accompagnĂ©s et mieux formĂ©s : le nombre de formations et de reprises d’Ă©tudes est en hausse significative. »
Depuis la crise il fallait peut ĂŞtre malgrĂ© tout revoir la copie. CE que va faire JoĂ«lle Milquet aujourd’hui en commission des affaires sociales. D’après la libre Belgique la ministre devrait proposer de dispenser de contrĂ´le les chĂ´meurs qui seraient jugĂ©s « éloignĂ©s du marchĂ© du travail ». On ne sait pas encore rĂ©ellement qui entrera dans cette catĂ©gorie. Les personnes qui ont des problèmes mĂ©dicaux et psychiques seraient concernĂ©es. Autre mesure envisagé : les chĂ´meurs qui acceptent un emploi Ă temps partiel ne seraient plus contrĂ´lĂ©s. Il faudrait pour cela prester au moins un tiers temps.
Pour la petite histoire ce plan aurait du ĂŞtre prĂ©sentĂ© il ya dĂ©jĂ une semaine. Si il y a eu un peu de retard c’est qu’un touchant Ă ce dispositif JoĂ«lle Milquet s’expose. Le contrĂ´le des chĂ´meurs n’est pas perçu du tout de la mĂŞme manière en Flandre et en Wallonie. Et il ya quelques semaines la ministre fĂ©dĂ©rale avait du faire face Ă une menace de conflit d’intĂ©rĂŞt brandie par le gouvernement flamand. Si revoir le plan pour tenir compte de la crise semblait une Ă©vidence au sud, cela l’Ă©tait beaucoup moins au nord. « Madame non » devait donc convaincre ses partenaires de la majoritĂ© mais aussi les ministres rĂ©gionaux et notamment le ministre flamand de l’emploi qui est Philippe Muyters, ministre NVA le parti de Bart de Wever.
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Cet après-midi le MR rĂ©agit nĂ©gativement Ă l’exposé : C’est davantage un Ă©tat d’avancement du dossier, qu’un vĂ©ritable plan amĂ©liorĂ© et renforcĂ© d’accompagnement et de suivi des demandeurs d’emploi que la Ministre est venue nous prĂ©senter aujourd’hui, dĂ©clare Daniel Bacquelaine, chef de groupe libĂ©ral dans un communiquĂ©.
C’est un interview en une, 3 colonnes, grande photo. Difficile de passer Ă cĂ´tĂ©. Et Ă l’intĂ©rieur du journal une double page avec trois gros chapitres : carrefour, le budget et l’après l ’après crise. Les journalistes  du Soir avancent eux-mĂŞme une mise en perspective : Didier Reynders veut tourner la page. Fortis et les turbulences internes du mouvement rĂ©formateur c’est du passĂ©, le prĂ©sident du MR se positionne sur des dossiers concrets et il veut mettre en application l’appel rĂ©formateur, le nouveau manifeste de son parti.
 Alors effectivement, ce qu’on retiendra de cet entretien est cette petite phrase Ă propos de Carrefour. Est-ce qu’une entreprise bĂ©nĂ©ficiaire pour se restructurer ? Ma rĂ©ponse est simple oui, mais elle en supporte les consĂ©quences. Et Didier Reynders d’ĂŞtre encore un peu plus explicite deux questions plus loin « il faut dire :  Carrefour avant d’investir dans un nouveau dĂ©cor, une nouvelle campagne de publicitĂ© vous allez payer votre passif  social. Envisage-t-on  vraiment de payer les prĂ©pensions de Carrefour ? Ou  va-ton oser dire Ă Carrefour c’est vous qui allez payer ça puisque vous ĂŞtes bĂ©nĂ©ficiaire (…) Gardons les deniers publics pour les entreprises qui sont vraiment en difficultĂ©. »
 Vous avez bien lu :  Didier Reynders propose  de ne pas payer les prĂ©pensions dans le cas de Carrefour. Puisque ce groupe gagne de l’argent, c’est Ă lui de payer. En apparence c’est un discours très Ă gauche, qu’on pourrait interprĂ©ter comme un signe de la nouvelle communication plus « centriste » des libĂ©raux.  Un vice premier libĂ©ral qui s’en prend publiquement Ă un grand groupe c’est effectivement très spectaculaire.
 Il faut ajouter que  Didier Reynders pointe du doigt un vrai phĂ©nomène de grande ampleur. Le recours aux prĂ©pensions est effectivement quasi systĂ©matique dans tous les grands drames sociaux.  Les grandes entreprises y ont très souvent recours, et c’est effectivement le contribuable qui paye. La question des prĂ©pensions est donc un mal belge, et  il est positif de le mettre sur la table.
 Apportons quand mĂŞme quelques nuances : si Didier Reynders propose de geler les prĂ©pensions dans ce cas prĂ©cis, il en revanche hostile Ă l’idĂ©e qu’on fasse rembourser des aides perçues dans le passé par des entreprises « cela n’a aucun sens » dit-il. Ce dĂ©bat lĂ est pourtant aussi sur la table, et tant quĂ chatouiller les grands groupes il serait cohĂ©rent d’explorer cette voie lĂ Â aussi. Ensuite peser sur les prĂ©pensions, c’est prendre le risque que Carrefour licencie purement et simplement, ce personnel de plus de 50 ou 55 ans se retrouverait alors au chĂ´mage. C’est quand mĂŞme l’Ă©tat qui devrait payer. La perspective de voir l’Ă©tat fĂ©dĂ©ral entamer rĂ©ellement un bras de fer avec la direction de carrefour dans les circonstances actuelles est assez peu crĂ©dible. C’est donc un positionnement “de gauche” plus que relatif. Disons plutĂ´t une formule choc qui rapporte beaucoup sans coĂ»ter grand chose.
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Enfin il y a un dernier dĂ©tail qui ne doit pas vous Ă©chapper. Le recours aux prĂ©pensions c’est l’un des points que doivent dĂ©sormais nĂ©gocier la direction du groupe  Carrefour, les syndicats de l’entreprise et la ministre de l’emploi.  Qui est la ministre de l’emploi ? Joelle Milquet,  et vous vous souvenez, puisque vous lisez ce blog rĂ©gulièrement,  que c’est une grande amie de Didier Reynders. Le prĂ©sident du MR indique d’ailleurs, avec l’ironie qu’on lui connaĂ®t,  qu’il n’a pas pu discuter de son idĂ©e avec elle puisqu’elle est en dĂ©placement Ă l’Ă©tranger (au Congo en l’occurrence).
Didier Reynders vient de rĂ©ussir un coup double : tenir un discours en apparence très critique contre les grandes entreprises, bon pour son image,   et mettre en difficultĂ© une de ses collègues prĂ©sidente d’une formation concurrente.
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UPDATE Ă 18H45 : l’interview de Didier Reynders n’est pas restĂ© sans rĂ©action. Le SETCA (syndicat socialiste des employĂ©s et cadres) le qualifie de “cynique et indĂ©cent”. “Didier Reynders se trompe de cible, il met la pression sur les travailleurs”. “Si on peut compter sur un nouvel adepte de la responsabilisation des entreprises tant mieux” ironise de son cĂ´tĂ© JoĂ«lle Milquet “mais il ne faut pas changer les rĂ©gles du jeu pour le cas prĂ©cis de Carrefour”. MĂŞme le syndicat libĂ©ral CGSLB se montre critique : “nous ne comprenons pas la logique de la rĂ©action de Didier Reynders”.Â
Face Ă un Ă©vènement qui suscite une forte Ă©motion on guette souvent la rĂ©action des partis politiques. Comment vont-ils rĂ©agir, quel va ĂŞtre leur discours, que vont ils souligner ou demander. Le fait de publier un communiquĂ© de presse offre deux avantages : 1. c’est un moyen efficace, il permet de diffuser une information susceptible d’ĂŞtre reprise rapidement par tous les mĂ©dias. 2. c’est une expression officielle du parti. Elle donne le « la ». Tous les mandataires peuvent ensuite s’y rĂ©fĂ©rer dans les diffĂ©rentes interviews.
Hier après midi, la première rĂ©action au plan dĂ©voilĂ© par Carrefoir est venue du cotĂ© du PS. Premier communiquĂ© un peu après 15H. Un texte oĂą le parti socialiste « exprime sa solidaritĂ© avec les travailleurs et appelle Ă limiter au maximum les dĂ©gâts sociaux ». Ce communiquĂ© cite alternativement Elio di Rupo et le PS dans son ensemble, c’est donc Ă la fois « je » et « nous ». Le communiquĂ© socialiste est surtout très critique avec le groupe Carrefour dont il dĂ©nonce le manque de vision stratĂ©gique : « il serait profondĂ©ment injuste de faire porter sur les travailleurs des erreurs qui sont imputables Ă la direction de Carrefour. Celle-ci doit assumer ses responsabilitĂ©s et limiter au maximum les dĂ©gâts sociaux »
CĂ´tĂ© CDH deux communiquĂ©s. D’abord JoĂ«lle Milquet, qui en tant que ministre de l’Emploi, «prend acte de l’annonce » de la direction de Carrefour,
et qui,dès le premier paragraphe, adresse un appel Ă toutes les parties concernĂ©es afin qu’elles entament un dialogue social ouvert.
Le texte n’est pas une tonalitĂ© de condamnation, il est plutĂ´t dĂ©jĂ dans la phase suivante, celle de la nĂ©gociation. JoĂ«lle Milquet laisse d’ailleurs entendre qu’elle pourrait dĂ©signer rapidement un conciliateur social pour favoriser les discussions entre la direction de Carrefour et les syndicats. A dire vrai on a le sentiment que la ministre Milquet a pris le pas sur la prĂ©sidente JoĂ«lle et que la communication se devait d’ĂŞtre empreinte de prudence. Une heure plus tard AndrĂ© Antoine, ministre wallon de l’emploi publie un autre communiquĂ© , lui aussi dans un registre très ministĂ©riel. Il y annonce qu’il rencontrera dès aujourd’hui la direction de carrefour.
CĂ´tĂ© MR pas de communiquĂ© du parti, mais une rĂ©action mise en avant  :celle d’Olivier Chastel en tant que prĂ©sident de la FĂ©dĂ©ration MR du Hainaut. Il y exprime sa dĂ©solation et sa stupĂ©faction. Termes forts. Le communiquĂ© souligne que 4 hypermarchĂ©s fermeront dans la province du Hainaut et que cela aura un impact sur l’emploi. Olivier Chastel indique qu’il redoute une « casse sociale ».
Enfin Ecolo a eu hier la rĂ©action la plus virulente  (mais aussi la plus tardive) et dĂ©nonce un chantage social de la direction de carrefour. « C’est un nouveau signe de l’Ă©chec de la politique d’emploi du gouvernement fĂ©dĂ©ral » Ă©crit le communiquĂ©, visant explicitement JoĂ«lle Milquet.
On rĂ©sume : le Ps très critique avec les patrons de Carrefour, le CDH en posture ministĂ©rielle, le MR qui s’inquiète pour le Hainaut, et Ecolo qui joue son rĂ´le d’opposition. On dit parfois que tous les partis racontent la mĂŞme chose. Voici un cas d’Ă©cole qui nous permet de dĂ©montrer que cette affirmation est fausse : Ă partir du mĂŞme point de dĂ©part il y avait hier 4 registres diffĂ©rents.
24 heures après la prĂ©sentation du budget, c’est le laps de temps qu’il faut pour pouvoir analyser les documents en dĂ©tails et dĂ©busquer les trucs et ficelles des diffĂ©rents gouvernements. L’heure est dĂ©sormais Ă la critique.  Dès hier après midi les banques par exemple ont fait part de leur mĂ©contentement. Leur organisation professionnelle n’a pas commentĂ© officiellement  mais certaines banques ont dĂ©jĂ clairement menacĂ©s de faire porter le coĂ»t de la contribution que leur impose le gouvernement sur leurs clients, donc vous et moi. RĂ©action Ă©galement des syndicats cotĂ© syndicat socialiste la FGTB estime qu’on a Ă©vitĂ© je cite « le bain de sang social », se fĂ©licite qu’on ne touche pas Ă la sĂ©cu, mais estime que gouvernement ne va pas assez loin sur la taxation du capital et le syndicat se dit mĂŞme « prĂ©occupé » pour le maintien de l’emploi. Pour le syndicat chrĂ©tien, la CSC estime que l’ensemble des mesures est globalement Ă©quilibrĂ© mais elle met en exergue qu’elle appelle un « gros point noir » : le crĂ©dit temps et les interruptions de carrière, dont le budget n’a pas Ă©tĂ© revue Ă la hausse la CSC se dit mĂŞme « rĂ©voltĂ©e ».. Autre rĂ©action plus nĂ©gatives encore, celle du  think thank ItinĂ©ra, un groupe de rĂ©flexion animĂ© notamment  par des profs d’Ă©conomies, think thank qui se prĂ©sente comme  indĂ©pendant mais qui dĂ©fend habituellement des positions plutĂ´t libĂ©rales, estimant que le gouvernement « a rĂ©alisĂ© au niveau budgĂ©taire le minimum qu’il manque de vision et d’ambition politique pour mener Ă bien des rĂ©formes structurelles. Tout est rĂ©duit Ă une politique budgĂ©taire d’urgence. Les gĂ©nĂ©rations suivantes sont le dindon de la farce ». En gros si les profs dIitinĂ©ra devaient coter le gouvernement, celui-ci n’aurait pas la moyenne.