L’interactif, ce n’est pas toujours de l’info

Par Fabrice Grosfilley dans communication , le 16 novembre 2009 17h11

Voici une belle boulette qui doit faire réfléchir tous ceux qui croient que le web 2.0 va entrainer dans un avenir plus ou moins lointain la fin du journalisme et que nous sommes tous des producteurs d’information en puissance. L’agence Belga a publié ce lundi à 11H37 une dépêche  qui n’en était pas une.  Voici le texte : Koningin Fabiola is zojuist overleden. Ze stierf bij het horen van de scheiding van Laurent en Claire (traduction : la reine Fabiola est décédée après avoir appris le divorce  de Laurent et Claire). Evidement il n’en était rien et il s’agissait d’une blague de  très mauvais goût. Comment une telle sottise peut-elle atterrir sur le fil d’une agence de presse, outil professionnel réservé aux professionnels ? Tout simplement parce que Belga, voulant se mettre au goût du jour a  ouvert un nouveau service où le grand public est invité à envoyer ses infos par l’intermédiaire d’une page internet. Un plaisantin, ayant entendu ou vu la campagne de promotion qui accompagne cette mise en service a donc testé le système… avec succès puisque son message a pu semer le trouble dans toutes les rédactions du pays. Soyons juste : la dépêche était précédée de la mention « I have news », ce qui permettait de faire la distinction avec la production traditionnelle de l’agence Belga. L’agence a malgré tout estimé utile de faire un mot d’excuse à ses clients :

 

Belgique - BRUXELLES 16/11 (BELGA)

 

BelgaService: Belga regrette l’incident lors du lancement de sa campagne media ‘I have news’

 

Belga regrette l’incident qui s’est produit avec la diffusion malencontreuse de l’information sur le décès de la reine Fabiola.

 

Le flux supplémentaire des dépêches, que les clients médias historiques ont reçu à partir d’aujourd’hui, cadre avec la nouvelle campagne média lancée par l’Agence Belga. Cette action a été mise en place afin d’alerter le plus rapidement possible tous les clients médias du pays de nouvelles et d’incidents “extraordinaires”.      Le site internet www.ihavenews.be <http://www.ihavenews.be/>  fonctionne comme un canal pour diffuser ces informations.      Cette nouvelle action a été annoncée dans tous les journaux et à la radio dans une campagne de publicité nationale. Cette campagne marketing se déroule du 14 au 28 novembre 2009.      Les informations recueillies via ce site internet ont été immédiatement diffusées vers les clients médias historiques sur le fil BelgaService SANS L’INTERVENTION DE LA RÉDACTION DE BELGA.      Ces dépêches sont diffusées avec le mot-clé IHAVENEWS et portent le label ‘I have news’. Il ne s’agit donc en aucun cas de dépêches réalisées par la rédaction de Belga. Ces informations doivent être considérées comme des infos extérieures qui n’engagent nullement la responsabilité de la rédaction de Belga.      Néanmoins, à partir de maintenant, toutes ces dépêches, destinées à nos clients médias, seront préalablement filtrées par Belga. Nous vous présentons toutes nos excuses pour les désagréments rencontrés mais le dysfonctionnement de cette campagne est totalement indépendant de notre volonté.

 

Si vous avez lu avec attention les lignes ci-dessus vous avez compris où je voulais en venir. Le bug de ce matin n’aurait pas été possible si un journaliste de l’agence avait pris le temps de lire et valider le contenu du message en question. Cela illustre les limites de l’interactivité. Quand j’achète un journal, que j’écoute une radio ou regarde une TV, ou quand je m’abonne à une agence, je fais confiance aux journalistes professionnels qui y travaillent. Supprimer ces journalistes, remplacer leur production par celle du grand public, c’est supprimer un filtre et croire que tous les messages sont de l’information. Il n’en est rien : une information ce n’est pas seulement un message qui va de plus en plus rapidement d’un émetteur à son destinataire, c’est aussi et  avant tout un message qui décrit une réalité. Sans recoupement ni vérification ce message n’est pas une info.

10 réactions à “L’interactif, ce n’est pas toujours de l’info”

  1. “les clients médias historiques”… J’adore. Pourquoi pas les médias fossiles tant qu’on y est? On y sera plus vite qu’on ne le pense!

  2. Selon mes infos, ces “alertes” étaient même envoyées aux clients de Belga sans que la rédaction de l’agence ne puissent techniquement les voir. Il n’est donc pas question qu’un journaliste de Belga “prenne le temps de lire et valider le contenu du message en question”, il n’en avait pas la moindre possibilité, suite à une décision de sa direction…

  3. 3Louis Maraite le 16 novembre 2009 à 20:43

    On a atteint le sommet de l’absurde. Ainsi, sans vérification aucune, l’agence de presse met à la disposition de M. Toulemonde son réseau de clients, soit tous les médias du pays. Belga, c’est une agence qui appartient aux éditeurs de journaux. Ceux-ci ont déjà tué leurs propres journaux une première fois en vendant les dépêches, qui n’étaient au départ que destinées aux rédactions des journaux, à tous les sites commerciaux. Pourquoi alors acheter un journal ou consulter le site d’un journal si tout le monde a la même info en ligne ?
    Voilà aujourd’hui le deuxième coup de jarnac : priver les rédactions des scoops. En effet, vous avez une news qui mérite un développement, vous téléphoniez à la rédaction de votre journal où un journaliste faisait les travaux de recoupement et d’enquête. Maintenant, avec son “i have a news”, Belga va tarir cette source en offrant à ceux qui ont une “news” l’accès direct, sans contrôle, à toutes les rédactions du pays. C’est du grand n’importe quoi qui promet des dérives dont le faux décès de “Madame Chapeau” n’est que l’illustration. L’AJP, l’association des journalistes pros, me semble sur tout cela d’une trop grande discrétion.

  4. Bonsoir Fabrice,

    Tu penses réellement que tu vas pouvoir te passer à l’avenir des internautes pour produire de l’information à haute-valeur ajoutée ?

    De mon coté, je pense que le vrai canular ce n’est pas l’hyperprévisible blaguouille à deux balles d’un internaute (si j’avais pu la poster moi-même, je l’aurais fait.), mais l’opération marketing qui sous-tend cette opération. On ne vend pas un concept comme le “journalisme collaboratif” comme une savonnette ou des torchons. Cela fait au moins 3 ans que cette opération publicitaire se tient au même moment de l’année, avec à chaque fois le même message “Envoyez-nous vos infos”. En one shot, tout le monde à le droit à l’erreur. Là, on va finir par croire qu’ils le font exprès. Ou qu’ils n’ont pas envie que ça marche …

  5. 5Fabrice Grosfilley le 17 novembre 2009 à 07:34

    Bonjour Damien,

    Il n’est pas question de se passer des internautes, mais bien de faire le tri entre les infos d’un côté, l’intox, les blagues, le commentaire, de l’autre. Cela nécessite l’intervention d’un journaliste. Le succès du journalisme “collaboratif” comme tu le nommes passe par la confiance dans le média… et donc par la confiance dans le “médiateur”…qui recoupe, refuse, classe, hiérarchise.
    Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire l’interactivité de ce blog, ainsi que des outils comme Twitter m’apportent beaucoup. Mais quand je signe, ici ou ailleurs, je m’engage. Et j’espère que c’est perçu comme un gage de qualité.

  6. Les dépêches Belga sont trop souvent considérées comme un produit fini, une source à ne pas vérifier ni même à retravailler.

    Chaque jour on entend en radio des flashs qui ne sont qu’une lecture de dépêches.
    Avec des conséquences néfastes :
    - dépersonnalisation de l’info et du produit en général,
    - dispersion d’erreurs (non, Belga n’est pas infaillible),
    - dévalorisation du métier de journaliste (qui n’a jamais entendu de la bouche d’auditeurs, voire de responsables, qu’”il suffit de suivre le fil Belga”?).

    Pour moi le souci réside encore plus dans cette absence de vérifications et de retravail que dans l’existence d’un service d’alerte destinés à des professionnels.

  7. Bonjour,

    N’est-ce pas non plus le rôle des journalistes de vérifier l’info même si elle provient de Belga ? Aussi professionnelle soit-elle, cette agence peux faire des erreurs, comme tout le monde d’ailleurs.

    Je n’ai pas connaissance des quotidiens/médias qui ont publié cette info mais cela prouve qu’il manque du professionnalisme au sein de ces quotidiens/médias-là.

  8. Belle critique.
    Si l’intervention du public est utile, il ne PEUT pas etre au centre du processus d’information. Tant au niveau du tri que de la validation. L’Histoire a déjà montré que l’unanimité ne fait pas raison..

  9. Ca prouve bien que la presse aujourd’hui, c’ets juste balancer le plus vite possible le plus d’information possible.

    Blague ou pas, on recoit l’infos et hop ondiffuse, on ne véifie plus rien, que ca soit dans un camps comme dans l’autre.

    bref encore une perte de crédibilité de la presse d’aujourd’hui qui n’a plus de professionalisme ni de neutralité

  1. [...] aisément le désarroi et les inquiétudes). Après tout, Fabiola est toujours en vie et les autres médias belges vont maintenant pouvoir s’en donner à coeur joie et explorer tout le [...]

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