Peeters impuissant face Ă  Opel

Par Fabrice Grosfilley dans flandre , le 22 janvier 2010 12h01

BELGIUM FLEMISH PARLIAMENT PLENARY SESSIONPoser la question c’est dĂ©jĂ  y rĂ©pondre : que pèsent les politiques face Ă  un grand groupe industriel ? Dans une Ă©conomie mondialisĂ©e, avec des centres de dĂ©cisions qui, comme dans le cas de  GĂ©nĂ©ral Motors, se situent sur un autre continent, les pouvoirs publics ont finalement peu de moyen de pression. « Peu » cela ne veut pas dire rien. En Flandre c’est donc depuis hier matin la mobilisation gĂ©nĂ©rale. 2 600 emplois directs, 10 000 si on compte les sous traitants et les emplois induits, la première mission des politiques dans un cas pareil c’est d’abord de trouver les mots pour le dire. D’accompagner la  catastrophe, de monter leur soutien aux travailleurs.  Marianne Thyssen la prĂ©sidente du CD&V a parlĂ© d’une “journĂ©e noire” pour la Flandre, la gouverneure de province Cathy Berckx ose le terme ”tsunami”, du cĂ´tĂ© du gouvernement flamand convoncation immĂ©diate d’ une rĂ©union de crise. Kris Peeters, le ministre prĂ©sident flamand y a indiquĂ© qu’il n’acceptait pas la dĂ©cision de GM et qu’il allait faire bloc avec les syndicats pour refuser la fermeture pure et simple. Kris Peeters qui a modifiĂ© son agenda et rencontrera aujourd’hui de nouveau les syndicats, mais aussi les autoritĂ©s locales Ă  Anvers et surtout le prĂ©sident de  la commission europĂ©enne JosĂ© Manuel Baroso. Mine de rien vouloir tout de suite un contact au niveau europĂ©en, cela indique bien que ce n’est pas au niveau belge que la partie se joue. Le constat d’impuissance est très clair. Il ya quelques jours une enquĂŞte affirmait que les travailleurs du royaume avait l’une des meilleures productivitĂ©s au monde. La productivitĂ© c’est bien, mais si dans d’autres pays europĂ©ens les charges sociales sont moins Ă©levĂ©es, les usines mieux desservies, la recherche davantage encouragĂ© et surtout les marchĂ©s Ă  conquĂ©rir plus important, la productivitĂ© ne suffit donc pas.

Que peuvent faire concrètement les autoritĂ©s ? D’abord anticiper : la fermeture de l’usine d’Anvers est envisagĂ©e depuis près d’un an maintenant. Le constructeur automobile Opel bĂ©nĂ©ficie d’un plan de sauvetage avec l’aide du gouvernement allemand depuis le mois de mars. Le gouvernement flamand a eu de multiplies contacts avec Opel, avec GĂ©nĂ©ral Motors, il a eu le temps de se prĂ©parer Ă  la crise et le temps de chercher des solutions alternatives. On verra dans les prochains jours quelles sont ces alternatives envisagĂ©es. Ensuite sur le plus long terme, tout le monde sait que l’assemblage automobile, qui a Ă©tĂ© l’un des grands secteurs industriels de la Belgique est aujourd’hui fragilisĂ©. CitroĂ«n, Renault, VW aujourd’hui Opel : c’est une tendance lourde, et donc tout sauf une surprise. Au delĂ  de l’accompagnement de crise la prioritĂ©  c’est donc d’ investir dans la recherche et encourager les secteurs technologiques qui crĂ©eront l’emploi de demain. On dĂ©couvre aujourd’hui que, contrairement aux idĂ©es reçues, la Flandre n’est pas finalement pas mieux armĂ©e que la Wallonie sur ce terrain lĂ .

Enfin dernier levier possible : les aides publiques. Ces dix dernières annĂ©es Opel Anvers a perçu  des sommes colossales (on parle de 23 millions d’aides diverses des autoritĂ©s publiques, avec notamment des baisses de charges sociales pour le travail en Ă©quipe). Hier au parlement certaines dĂ©putĂ©s (c’est le cas du groupe socialiste)  se demandaient s’il ne fallait pas obliger les grandes entreprises comme Opel ou Inbev a rembourser les aides publiques en cas de licenciements. Dans le bras de fer qui se joue aujourd’hui Ă  Anvers c’est un argument qui pourrait avoir du poids. Le type de levier qui permettrait Ă  un ministre de s’asseoir face au PDG d’un grand groupe sans se sentir complètement dĂ©muni.

2 réactions à “Peeters impuissant face Ă  Opel”

  1. « Trouver les mots pour le dire, accompagner la catastrophe, montrer du soutien aux travailleurs ». Certes.

    « Investir dans la recherche et encourager les secteurs technologiques qui créeront l’emploi de demain ». Encore faut-il en avoir les moyens dès lors que la fiscalité est diabolisée, que les coûts sociaux à charge de la collectivité explosent et qu’il s’agit en plus, en plus, de renflouer les banques privées pour sauver un système toujours plus inique.

    « Anticiper ». Comment ? Pour quels résultats ?

    « Se demander s’il ne faut pas obliger les grandes entreprises comme Opel ou Inbev à rembourser les aides publiques en cas de licenciements ?» Oui, mais avec quelle sanction immédiate en terme d’investissements, face à la concurrence de pays qui n’auraient pas cette exigence ?

    « vouloir tout de suite un contact au niveau européen, cela indique bien que ce n’est pas au niveau belge que la partie se joue. Le constat d’impuissance est très clair ».
    VoilĂ , le point essentiel, Fabrice !

    Or, que constate-ton dans l’actualité récente de la part de ceux qui devraient, en principe, se trouver à la pointe du combat ?
    Permets moi d’illustrer cette question à l’aide d’extraits de petits mots adressés ces jours-ci au PS, notamment à l’attention d’un de nos porte-paroles préférés.

    (…) Plus de 25 ans après la parution pourtant remarquée de livres comme « Limites à la compétitivité », le groupe socialiste européen en est toujours à proposer Tony Blair comme président du Conseil, et place, faute d’être entendu, Catherine Ashton, négociatrice promotrice du libre-échange à la tête de la diplomatie européenne. Avec des socialistes pareils, a-t-on encore besoin de libéraux ?

    Sur les “accents sociaux” de De Gucht saluĂ© par VĂ©ronique De Keyser suite Ă  son « oral » devant le parlement europĂ©en.

    (…) Coté De Gucht, il n’y a pas de vraiment de surprise : priorité à la poursuite et à l’approfondissement du libre-échange, reconnaissance du rôle essentiel de l’OMC dans la gouvernance mondiale…

    Et sans rire d’ajouter que « le commerce ne doit pas être une fin en soi », de saluer les valeurs européennes du respect de l’environnement, de protection des travailleurs et même de donner la priorité aux pays en voie de développement.

    Je me demande juste combien de chômeurs en Europe, quels dégâts irréversibles à la planète, quelles émeutes de la faim en Afrique il faudra pour comprendre que la poursuite des objectifs du premier paragraphe va à l’encontre des affirmations du deuxième.
    Il y a, en effet, loin de la rhétorique aux faits.

    Les enjeux climatiques ? Bien sĂ»r, mais surtout pas de taxe carbone aux frontières de l’Europe susceptible de nuire au commerce. Imaginez! Ce sont nos multinationales et leurs bĂ©nĂ©fices que l’on pĂ©naliserait. En attendant, on dĂ©localise toujours vers les contrĂ©es moins regardantes sur le plan environnemental (et social), sans porter plus d’attention aux consĂ©quences des frets aĂ©rien, maritime et routier. A moins qu’il ne soit plus avantageux de fermer des usines et licencier pour revendre des quotas de CO2 subventionnĂ©s par nos gouvernements.

    La protection des travailleurs ? Est-ce encore utile de rappeler la concurrence (faussĂ©e), l’exigence de compĂ©titivitĂ© et le dumping social, corolaires au libre-Ă©change ? De citer le cas d’Inbev qui malgrĂ© des bĂ©nĂ©fices astronomiques licencie des centaines de personnes pour comprendre que dans le cadre d’une telle logique, entre pĂ©rennitĂ© du profit maximal et prĂ©occupations sociales incantatoires, les choix sont vite faits.

    La prioritĂ© aux PVD ? Certes, pour engraisser les potentats locaux, se servir de matières premières, mettre Ă  mal les Ă©conomies locales et les rendre toujours plus dĂ©pendantes des occidentaux et du marchĂ© mondial… Avec les dĂ©gâts que l’on sait quand la demande de produits exotiques se retourne chez nous ou que la bourse de Chicago spĂ©cule en dĂ©faveur des producteurs du Sud et des consommateurs d’oĂą qu’ils soient.

    MĂŞme Samuelson, prix Nobel d’Ă©conomie qui ne passe pas vraiment pour un militant gauchiste, a remis en question la thĂ©orie des avantages comparatifs et la croyance dans les bienfaits automatiques du commerce international.

    En attendant et je cite les journaux : le Belge a logiquement rencontrĂ© « quelques rĂ©ticences » du cĂ´tĂ© des socialistes. Heureux qu’il y en ait eu dans la salle! Lucides, rĂ©ellement critiques? Ça c’est une autre histoire.

    Mes questions sont donc : se réveilleront-ils un jour? Parviendront-ils à dépasser les égoïsmes nationaux pour promouvoir une politique européenne différente, à la mesure des défis posés?

  1. Mauvaise nouvelle: la Belgique 3eme pour la productivitĂ©…

    J’avais dĂ©jĂ  rĂ©agi Ă  propos d’une nouvelle similaire parue sur un site censĂ© promouvoir la Wallonie… Aujourd’hui, nouvel article de l’Echo sur cette fausse bonne nouvelle. Je dirais mĂŞme mauvaise nouvelle.

    En effet, avant de dĂ©taille…

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