On les appelle les PIGS. Portugal, Irlande, Grèce, Espagne (Spain, en anglais) sont les mauvais Ă©lèves de la classe euro. Et ils risquent d’entraĂ®ner dans leur chute l’ensemble du système monĂ©taire europĂ©en.
Voilà plusieurs semaines que les principales inquiétudes se focalisent sur la Grèce. Un gouvernement qui manipule les chiffres, un déficit abyssal caché durant des années, des troubles sociaux, un changement de majorité, une notation revue à la baisse, et ce constat effrayant : une dette égale à 113% du PIB.
Face au drame Ă venir, le gouvernement grec a pris des dĂ©cisions qui, au regard de l’enjeu, apparaissent bien lĂ©gères : un gel des salaires de la fonction publique, un recul de l’âge de la retraite, une taxe sur les carburants. Vous l’imaginez bien, ces mesures d’austĂ©ritĂ© suffisent Ă faire gronder les agents de la fonction publique grecque, prĂŞts Ă descendre dans la rue dès cette semaine.
En approuvant le plan grec, la BCE a pris des risques. Certes, Athènes est placĂ©e sous tutelle et devra rendre des comptes. Mais on voit mal comment un plan d’austĂ©ritĂ© aussi “lĂ©ger” pourra Ă©ponger une dĂ©cennie de laxisme budgĂ©taire. Les messages optimistes envoyĂ©s il y a deux mois s’estompent : mĂŞme si la dette grecque est majoritairement dĂ©tenue par des pays de la zone euro, Berlin et Paris ne semblent pas dĂ©cidĂ©s Ă bouger le petit doigt. Et avec un rendement dĂ©sormais supĂ©rieur Ă 7%, le rendement de l’obligation grecque rend plus difficile encore la capacitĂ© du pays Ă emprunter sur les marchĂ©s.
Les acteurs du marchĂ©, justement, voient venir le dĂ©sastre : les dettes souveraines (c’est-Ă -dire les dettes des Etats) sont devenues plus risquĂ©es que celles des principales entreprises privĂ©es. La Bourse, elle, commence Ă tressaillir. Et la solidaritĂ© intra-europĂ©enne (jamais vraiment dĂ©montrĂ©e dans les faits) risque de tourner court. Car la Grèce n’est pas un cas isolĂ©. Lire la suite
En l’absence remarquĂ©e du ministre du Budget, le bilan chiffrĂ© de l’annĂ©e 2009 a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© ce matin rue de la Loi. La crise n’a semble-t-il pas Ă©rodĂ© les sourires de circonstance des ministres prĂ©sents. Avec un dĂ©ficit de 20 milliards d’euros (5,9% du PIB, contre 1,2% en 2008), la Belgique se classe dans la moyenne europĂ©enne (-6% pour les 27).
On le savait : c’est essentiellement Ă la diminution des recettes fiscales (-8,6%) qu’il faut imputer cette dĂ©tĂ©rioration budgĂ©taire. En 2009, les impĂ´ts ont rapportĂ© près de 86 milliards d’euros Ă l’Etat (contre plus de 93 milliards en 2008). En contrepartie, comme il l’avait promis, le gouvernement s’est (un peu) serrĂ© la ceinture : les dĂ©penses primaires (qui comprennent essentiellement les salaires de la fonction publique) ont baissĂ© de 0,2% par rapport Ă 2008.
La sĂ©curitĂ© sociale a souffert de la crise. Sans surprise lĂ aussi, les recettes (cotisations et financements alternatifs) ont Ă©tĂ© infĂ©rieures aux attentes. La sĂ©cu termine 2009 sur un dĂ©ficit de 2,74 milliards d’euros (0,8% du PIB), ce qui est quand mĂŞme un peu moins que les plus rĂ©centes estimations. Deux bĂ©mols : crise oblige, le nombre de chĂ´meurs a augmentĂ©, entraĂ®nant un surplus de 900 millions d’euros pour les allocations ; et les sources de financement alternatif sont en progression constante, preuve que les cotisations ne suffisent plus Ă rĂ©pondre aux besoins.
La dette, elle, repart vers les sommets. Avec un taux d’endettement Ă©gal Ă 97,9% du PIB (on devrait franchir la barre des 100% cette annĂ©e, alors que nous Ă©tions Ă 84% en 2007), la Belgique devra se mĂ©fier de l’effet boule de neige, mĂŞme si une fois encore elle a mieux rĂ©sistĂ© que ses partenaires europĂ©ens. Les agences de notation tiennent notre pays Ă l’oeil et l’on sait Ă quel point elles sont attentives au moindre signe de faiblesse ces derniers jours. Au sein de l’eurozone, la Belgique figure sur la troisième marche des pays les plus endettĂ©s (en pourcentage du PIB) derrière l’Italie et la Grèce.
Une nouvelle, enfin, qui a de quoi rĂ©jouir le gouvernement (et le contribuable) : le sauvetage des banques se rĂ©vèle ĂŞtre une bonne opĂ©ration pour les finances publiques. Grâce aux intĂ©rĂŞts sur les prĂŞts, grâce aux dividendes et aux primes diverses, les recettes sont supĂ©rieures aux dĂ©penses. Didier Reynders l’a annoncĂ© ce matin : les actionnaires de BNP Paribas Fortis qui ont perdu (un peu, beaucoup,…) ne seront pas oubliĂ©s. Reste Ă voir quand et dans quelle mesure.
Le petit garçon sur cette photo est multimilliardaire, mais nous n’avons aucune raison de l’envier. Avec les 65 milliards de dollars zimbabwĂ©ens qu’il porte dans les bras, il peut Ă peine s’offrir une Rolex, mĂŞme si je doute que cela fasse partie de ses prioritĂ©s.
Le dollar zimbabwĂ©en est la monnaie la plus dĂ©valuĂ©e du monde. VoilĂ qui illustre Ă merveille le grand drame de notre Ă©conomie moderne : la monnaie a de moins en moins de valeur. Souvenez-vous de ce que je vous disais ici : pour ruiner une Ă©conomie, il “suffit” de provoquer de l’hyperinflation. C’est ce que Mugabe a fait au Zimbabwe.
Pourquoi je vous parle de cela ? Parce que, mine de rien, les gouvernements du monde occidental sont en train de faire la mĂŞme chose. L’injection massive d’argent, re-baptisĂ©e “plan de relance” va creuser Ă coup sĂ»r la dette de nombreux Etats en temps de crise. Je viens de tomber sur cette Ă©tude du FMI (toute rĂ©cente) extrapolant l’Ă©tat des finances publiques Ă travers le monde. Voyez sur ce graphique, en jaune, l’impact des plans de relance sur la dette des Etats les plus importants. Globalement, le niveau d’endettement des Ă©conomies dĂ©veloppĂ©es passerait de 78% du PIB Ă 118% du PIB entre 2007 et 2014. Du cĂ´tĂ© des Ă©conomies Ă©mergentes, ce niveau passerait de 37% du PIB Ă 36% du PIB durant la mĂŞme pĂ©riode.

Et en Belgique ? Selon la Commission europĂ©enne, l’endettement de l’Etat belge dĂ©passera les 100% du PNB (Produit National Brut) en… 2010. Lire la suite