Financier

L’implosion annoncée de l’eurozone ?

Par Ludovic Delory dans Dans le monde, Décryptage, Financier , le 7 février 2010 09h02 | 26 commentaires

pigOn les appelle les PIGS. Portugal, Irlande, Grèce, Espagne (Spain, en anglais) sont les mauvais élèves de la classe euro. Et ils risquent d’entraîner dans leur chute l’ensemble du système monétaire européen.

Voilà plusieurs semaines que les principales inquiétudes se focalisent sur la Grèce. Un gouvernement qui manipule les chiffres, un déficit abyssal caché durant des années, des troubles sociaux, un changement de majorité, une notation revue à la baisse, et ce constat effrayant : une dette égale à 113% du PIB.

Face au drame à venir, le gouvernement grec a pris des décisions qui, au regard de l’enjeu, apparaissent bien légères : un gel des salaires de la fonction publique, un recul de l’âge de la retraite, une taxe sur les carburants. Vous l’imaginez bien, ces mesures d’austérité suffisent à faire gronder les agents de la fonction publique grecque, prêts à descendre dans la rue dès cette semaine.

En approuvant le plan grec, la BCE a pris des risques. Certes, Athènes est placée sous tutelle et devra rendre des comptes. Mais on voit mal comment un plan d’austérité aussi “léger” pourra éponger une décennie de laxisme budgétaire. Les messages optimistes envoyés il y a deux mois s’estompent : même si la dette grecque est majoritairement détenue par des pays de la zone euro, Berlin et Paris ne semblent pas décidés à bouger le petit doigt. Et avec un rendement désormais supérieur à 7%, le rendement de l’obligation grecque rend plus difficile encore la capacité du pays à emprunter sur les marchés.

Les acteurs du marché, justement, voient venir le désastre : les dettes souveraines (c’est-à-dire les dettes des Etats) sont devenues plus risquées que celles des principales entreprises privées. La Bourse, elle, commence à tressaillir. Et la solidarité intra-européenne (jamais vraiment démontrée dans les faits) risque de tourner court. Car la Grèce n’est pas un cas isolé. Lire la suite

Les déficits, priorité pour 2010

Par Ludovic Delory dans Dans le monde, Financier , le 29 décembre 2009 16h12 | 8 commentaires

dette-internationale-600x2792010 n’éclipsera pas les problèmes économiques rencontrés cette année-ci. Sans jouer les mauvais oracles, on peut même prédire que la dette publique sera au centre des préoccupations ces prochains mois. Avant la crise, la question passait presque inaperçue. Aujourd’hui, les gardiens de l’orthodoxie budgétaire commencent, soudainement, à s’agiter.

Derniers moulinets en date : l’appel pressant de Jean-Claude Trichet, président de la Banque Centrale Européenne, à combler les déficits une fois la crise passée. La Grèce, l’Espagne et le Royaume-Uni sont dans le viseur. Mais la France non plus n’est pas à l’abri. Avec un déficit public égal à 8,2% du PIB (8,5% annoncés pour 2010) et une dette record (84% du PIB), l’Hexagone vient de se faire rappeler à l’ordre par l’agence de notation Fitch. La note “AAA”, qui fait les beaux jours de bon nombre de pays européens ne tient qu’à un fil, si les gouvernements ne décident pas de mettre en oeuvre au plus vite des plans de retour à l’équilibre. Pierre Cailleteau, responsable des dettes souveraines chez Standards & Poor’s, autre grande agence de notation, le rappelle à sa manière : Lire la suite

Le business du CO2

Par Ludovic Delory dans Financier, Globalization , le 8 décembre 2009 14h12 | 6 commentaires

millniumartRéduire les émissions de CO2 : énorme et ambitieux défi, pour les participants à la conférence de Copenhague. Voilà des années que les spécialistes du climat pointent du doigt ce gaz invisible et inodore, responsable selon eux du réchauffement des températures à la surface du globe.

C’est tout récemment aussi que le dioxyde de carbone est devenu l’enjeu de querelles financières dépassant l’entendement. On en parle peu, mais le marché du CO2 s’est développé à une vitesse faramineuse en l’espace de quelques années. Le principe ? C’est celui du pollueur-payeur. Les Etats ou les entreprises qui polluent au-delà d’un certain quota (fixé généralement par les pouvoirs publics) achètent des “droits à polluer” sur le marché du carbone. Les entreprises les plus propres, en revanche, peuvent revendre leurs excédents.

En Europe, le système du marché d’émissions de CO2 existe depuis 2005. Un an plus tard, un premier krach fait chuter le prix de la tonne de dioxyde de carbone, qui venait pourtant d’atteindre des sommets. Bon nombre d’entreprises avaient en fait anticipé le mouvement, et investi dans des infrastructures moins polluantes. L’industrie cimentière, par exemple, n’a pas attendu les quotas pour réduire drastiquement sa consommation d’énergie par unité de clinker produit.

En outre, tout marché génère une spéculation. Très vite, on a donc assisté à des unions assez improbables entre des multinationales financières et des petites entreprises génératrices de crédits carbones. La banque américaine GoldmanSachs a ainsi investi dans Blue Source, une société spécialisée dans la capture du CO2. Pour de nombreuses PME, l’apport de fonds non négligeables a permis de financer des projets écologiques dans les pays en voie de développement. Bionersis, petite société française spécialisée dans le traitement des déchets en Amérique latine, collabore désormais avec EDF Trading. C’est du win-win : le pollueur achète ses crédits-carbone au “bon élève”, qui investit l’argent dans des projets verts.

Mais la bourse carbone génère aussi d’innombrables effets pervers. Lire la suite

Procès Citibank : départ médiatique

Par Ludovic Delory dans Financier , le 1 décembre 2009 09h12 | 6 commentaires

GYI0051214632.jpgLes anciennes brasseries Belle-Vue et leurs briques usées par le temps vont accueillir dès cet après-midi le premier grand procès de l’après-crise financière en Belgique. Hier après-midi, lors de ma visite impromptue sur place, des milliers de chaises vides étaient alignées dans la pénombre d’une grande salle aux murs tapissés de draps noirs.

Sur le coup de 14 heures, la présidente de la 61e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles donnera le coup d’envoi du procès Citibank.

Sur le banc des prévenus : 3 membres de la direction de Citibank Belgique poursuivis pour avoir proposé des produits hautement “toxiques” estampillés Lehman Brothers “par le biais de ruses et de publicités mensongères“. Ces produits étaient “garantis à 100%”, mais on connaît la suite : faillite de Lehman Brothers (septembre 2008), le crach boursier et les répercussions sur le monde de la finance. Envolées, les promesses de rendement à 6% sur deux ans… Lire la suite

Inflation, dette et Dubaï

Par Ludovic Delory dans Dans le monde, Décryptage, Financier , le 26 novembre 2009 22h11 | 11 commentaires

zimbabwe-2dcrisis-2d1Le petit garçon sur cette photo est multimilliardaire, mais nous n’avons aucune raison de l’envier. Avec les 65 milliards de dollars zimbabwéens qu’il porte dans les bras, il peut à peine s’offrir une Rolex, même si je doute que cela fasse partie de ses priorités.

Le dollar zimbabwéen est la monnaie la plus dévaluée du monde. Voilà qui illustre à merveille le grand drame de notre économie moderne : la monnaie a de moins en moins de valeur. Souvenez-vous de ce que je vous disais ici : pour ruiner une économie, il “suffit” de provoquer de l’hyperinflation. C’est ce que Mugabe a fait au Zimbabwe.

Pourquoi je vous parle de cela ? Parce que, mine de rien, les gouvernements du monde occidental sont en train de faire la même chose. L’injection massive d’argent, re-baptisée “plan de relance” va creuser à coup sûr la dette de nombreux Etats en temps de crise. Je viens de tomber sur cette étude du FMI (toute récente) extrapolant l’état des finances publiques à travers le monde. Voyez sur ce graphique, en jaune, l’impact des plans de relance sur la dette des Etats les plus importants. Globalement, le niveau d’endettement des économies développées passerait de 78% du PIB à 118% du PIB entre 2007 et 2014.  Du côté des économies émergentes, ce niveau passerait de 37% du PIB à 36% du PIB durant la même période.

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Et en Belgique ? Selon la Commission européenne, l’endettement de l’Etat belge dépassera les 100% du PNB (Produit National Brut) en… 2010. Lire la suite

Les faussaires

Par Ludovic Delory dans Dans le monde, Financier , le 15 novembre 2009 11h11 | 3 commentaires

paff280893971Les cinéphiles connaissent sans doute le film “Les faussaires” (”Die Fälscher” - 2008) du réalisateur Stefan Ruzowitzky. Au début de la Seconde guerre mondiale, un faussaire juif est mandaté par le régime nazi pour inonder la Grande-Bretagne de fausses coupures. Les billets, parfaitement imités, étaient imprimés dans les camps de concentration. Au total, il fut produit pour plus de 134 millions de £. Certains billets, blanchis et lancés sur le marché, ont encore été retrouvés dans les années 1960.

L’opération était baptisée Bernhard, elle est relatée dans le livre “L’atelier du diable”, d’Adolf Burger. Les Allemands avaient bien compris qu’en submergeant le marché de livres sterling, ils contribueraient à nuire à l’économie britannique en créant de l’hyperinflation. Ils ont failli y parvenir.

Si j’évoque ici cette petite page d’histoire, c’est pour dresser un parallèle accablant avec notre époque. La Réserve Fédérale américaine continue, malgré la crise, d’inonder le marché de dollars (des vrais, mais le résultat est exactement le même), au grand dam des observateurs attentifs et des économistes (lisez à ce propos cette récente interview de Geert Noels à L’Echo). En revanche, le scénario ne semble émouvoir ni les gouvernements ni les banques centrales. Lire la suite

L’éthique des plans de relance

Par Ludovic Delory dans Financier, Globalization , le 8 novembre 2009 11h11 | Ajouter un commentaire

11-09-unemployment11Le chômage a franchi la barre des 10% aux Etats-Unis, pulvérisant les prévisions les plus pessimistes de l’administration Obama. Regardez le graphique ci-contre: Washington avait prédit, au pire, un taux légèrement inférieur à 9% dans le cas où aucun plan de relance n’aurait été activé. Résultat: malgré les 787 milliards de dollars injectés dans l’économie, un Américain actif sur 10 est aujourd’hui sans emploi.

Pendant ce temps, d’autres nouvelles affluent d’outre-Atlantique, bonnes et mauvaises. Parmi les bonnes : Ford renoue avec les bénéfices et affiche ses meilleurs résultats depuis 4 ans. Parmi les mauvaises : on a dépassé, depuis le début de l’année, le nombre de 120 faillites au sein du secteur bancaire US.

Ford est le seul géant automobile à n’avoir pas bénéficié de l’aide de l’Etat. Tout au plus a-t-il pu s’appuyer sur les primes à la casse fournies par le gouvernement pour vendre des modèles -enfin- adaptés à la réalité économique. Ratonaliser la production et réduire les coûts, cela peut être perçu par certains comme des moyens barbares, cela n’en reste pas moins très efficace pour garder la tête hord de l’eau et pour rebondir au plus vite.

Demandez-vous, à l’opposé, s’il est bien éthique de profiter de l’aide massive des contribuables pour ensuite faire volte-face et trahir ses engagements. En agissant ainsi avec Magna, General Motors a semé la consternation chez le personnel européen d’Opel. Ironie du sort : ce sont les aides promises par l’Etat allemand qui auraient précipité le revirement de GM. Les 10.000 emplois, eux, risquent bien d’être perdus au bout du compte. Lire la suite

Chèque-mazout : du retard à l’allumage

Par Ludovic Delory dans Financier, Votre argent , le 29 octobre 2009 09h10 | 4 commentaires

A l’approche de l’hiver, des centaines de milliers de ménages n’ont toujours pas vu la couleur de leur chèque-mazout. Le gouvernement fédéral avait promis une réduction forfaitaire de 105 euros aux ménages à faibles revenus, pour alléger le coût du chauffage. Plusieurs centaines de milliers de ménages ont introduit leur demande il y a 10 mois ; ils n’ont toujours rien reçu. Ecolo et Groen avancent les chiffres et s’indignent : sur plus d’un million de demandes, 330.000 seulement ont été honorées. Selon le journal Gazet van Antwerpen, ce sont en réalité des considérations budgétaires qui seraient à l’origine de ce retard. Il manquerait 40 millions d’euros au budget 2009 pour financer le chèque-mazout. Réponse du ministre Magnette : en réalité, le chèque-mazout est victime de son succès. Chaque demande doit être évaluée, et cela prend du temps. Voilà pourquoi certains ne recevront leur réduction qu’en 2010. Lire la suite

Que va faire Citibank ?

Par Ludovic Delory dans Financier, Votre argent , le 26 octobre 2009 16h10 | Un commentaire>

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Citibank dans l’Å“il du cyclone. La question n’a cessé de tracasser les clients belges de la grande banque américaine, ce week-end : seront-ils remboursés, suite aux pratiques douteuses de l’institution ? 4.000 clients lésés par ce qu’on pourrait appeler « tromperie sur la marchandise ». Citibank Belgique leur a conseillé d’investir dans des produits qui se sont révélés toxiques. Des produits de la banque Lehman Brothers, tombée en faillite il y a un peu plus d’un an. Citibank aurait caché ces informations cruciales, et devra en répondre devant la justice belge à partir du 1er décembre. Comme le révélait De Tijd ce week-end, le parquet de Bruxelles compte réclamer des comptes à Citibank : 128 millions d’euros à rembourser (plus les intérêts !). La pression est forte. Le ministre de l’Entreprise Van Quickenborne a enfoncé le clou, en déclarant qu’il préférait un accord à l’amiable plutôt qu’une longue procédure judiciaire. Les petits actionnaires représentés par le cabinet Deminor comptent eux aussi se joindre à la procédure au pénal. Citibank n’a pas encore officiellement réagi.

Et la crise financière a clairement des répercussions sur le secteur bancaire en Belgique, comme en témoignent les chiffres de Febelfin, publiés dans le Tijd de ce lundi. L’année passée, 71 agences ont disparu du paysage belge. Et 1.655 emplois sont passés à la trappe, essentiellement dans les grandes agences bancaires. Attention : il faut nuancer les statistiques de la fédération du secteur. Sur le long terme, la tendance a toujours été à la baisse. Ainsi, en 98, on dénombrait 7.000 agences bancaires en Belgique. Aujourd’hui, on en compte 4.316 exactement. Soit 40% de moins. Résultat surtout des fusions et de la rationalisation du paysage bancaire. Exemple : Dexia, qui ferme en ce moment 80 banques situées géographiquement trop près l’une de l’autre.

“Monseignor, il est l’or !”

Par Ludovic Delory dans Dans le monde, Financier , le 7 octobre 2009 15h10 | 3 commentaires

goldEn temps de crise, l’or reste une valeur sûre. La preuve encore hier avec ce nouveau record pour l’once à New York : 1.045 dollars US. Il faut remonter aux mois précédant la crise, en mars 2008, pour trouver trace d’un tel pic.

A quoi peut-on imputer ce succès de l’or ?

Tout d’abord, à l’instabilité du dollar. Malmené par les subprimes, remis en cause par les Etats du Golfe en tant que monnaie d’échange des pays pétroliers, le billet vert vit l’une des crises les plus graves de son existence. Quelle est encore la crédibilité du dollar sur les marchés mondiaux, lorsqu’on sait que depuis son arrivée à la Maison Blanche, Barack Obama a déversé 13% du PIB américain dans des plans de relance ? L’inflation de devises américaines a logiquement affaibli le billet vert vis-à-vis de ses partenaires internationaux, qui sont aussi les derniers à s’en réjouir. Lire la suite